Réflexion N° 104 du 20/07/2005Retrouve les « pîssintes » èt les « ruwales », les sentiers et ruelles de notre patrimoine humain ! Ils sont partis, reviennent, d’autres partent et vont revenir. La gigantesque migration multidirectionnelle estivale emplit les aérodromes, bouchonne les autoroutes, sous l’œil vigilant et intéressé des bergers des agences de voyage et l’extrême efficacité de Ryanair et de ses concurrents. Alors toi, ami, amie., ce coup-ci tu dis « non ». Non aux 8 heures d’ineffable jouissance dans la patiente contemplation de la plaque indiquant le kilomètre 258 de l’autoroute du soleil, parce qu’il est rigoureusement impossible d’atteindre le kilomètre 259 avant qu’ont ait débouchonné le kilomètre 324. Et non aussi au sable chaud qui parfumait « Mon légionnaire » de la môme Piaf mais qui, en ces mois paradisiaques, fleure surtout la délicieuse senteur d’épidermes généreusement grillés recto-verso dans une sauce aromatique d’ambre solaire et de transpiration, avec une pincée d’eau de mer joyeusement pataugée par quelques dizaines de milliers de pieds, de nombrils et de… Bon, j’arrête. Enfin, comme disait ma grand’mère, de concert, d’ailleurs, avec quelques millions de Wallons, : « Po l’cé qu’c’èst s’goût… ». Ben oui, bien sûr : chacun ses goûts. Décision prise, donc : on reste ici. Même pas la Vlaamse Kost, où, pourtant, on retrouve chaque année quelques milliers de Carolos, de Liégeois, de Tournaisiens, de Namurois, à croire que la Wallonie a annexé la mer du Nord l’espace de 2 mois. Oui, on reste ici. Mais pas dans son fauteuil et devant sa TV, quand même. Faut bouger, voir du neuf. C’est pas qu’on manque de marchés artisanaux, de croisières sur la Meuse, de Grotte de Han, de Monde sauvage d’Aywaille, de Waterloo morne plaine, de citadelles de Dinant ou de Namur, de château de Bouillon. La Wallonie fait même mieux que ça : il y a bientôt une centaine d’années, elle a inventé un truc dingue, à cheval (ardennais s’entend) sur les foins et la moisson. Ca se passe à Libramont et on se bouscule, de partout dans le monde, pour venir y cueillir un parfum de Wallonie. D’accord. C’est très bien. Mais, cette année, vois-tu,camarâde, vî soçon, mi vayant, mon ami, je me sens tout tourneboulé par un mal nouveau. J’ai envie de redécouvrir mon pays par le tréfonds de la vie de ses habitants, de retracer les lieux et les points de passage que j’ai un peu oubliés, même s’ils sont restés en ma mémoire comme éblouissants souvenirs d’escapades de gosses, de maraude, de cueillette de mûres et d’apprentissage amoureux. Où retrouver les sentiers de mon village ? Existent-elles encore et que sont-elles devenues les ruelles du quartier de Dampremy où j’ai vécu ? « Li pîssinte » qui nous menait, par un parcours ardu tracé parmi les aubépines, jusqu’aux « Aujes », cette drôle de clairière où l’on cultivait les « canadas » au plein milieu des bois… bien souvent pour le plus grand plaisir des «singlés », ces goinfres de sangliers irrespectueux du travail des gens. La ruelle qui menait au pied du terril, dans une pénombre propice aux découvertes du grain de peaude la jeune voisine. Alors quoi, tout cela n’a-t-il été qu’un rêve abîmé, piétiné par le béton et le tarmac, asphyxié par les hydrocarbures, noyé dans l’effet de serre, jeté dans les poubelles malodorantes de la société de consommation ? Nous te le disons tout net, amie, ami : ce patrimoine intime, profond, qu’ont entretenu durant des siècles, sinon des millénaires, les gens de chez nous, qui leur permettait de circuler à leur aise d’un village à un hameau, d’un coron à une usine, d’une place à une voie de halage, ces voies de communication tellement utiles pour les simples gens, dans leur humilité, tu peux refaire leur connaissance. Imagine-toi, amie, ami, qu’un ministre wallon, Philippe Courard pour être précis, a même créé, pour satisfaire ton désir légitime de retrouvaille avec les déplacements d’antan, une cellule « de coordination et d’information portant sur le réseau des voies vicinales, chemins, sentiers et voies vertes communales en Région wallonne ». Ne t’effraie pas de cette appellation alambiquée et pompeuse. Ces gens-là, dans les Ministères, ne peuvent pas, tout simplement, intituler la dite cellule « Sentiers, chemins, ruelles, un parfum d’avenir romantique », ou bien « Réapprendre le charme de nos sentiers ». Non, il faut que les termes utilisés soient administrativement corrects. Ce qui n’a pas grand chose à voir avec la poésie. Mais ne soyons pas inutilement critiques. L’essentiel, c’est l’intention. Et elle est bonne. En plus, et surtout, elle a trouvé une « responsable » (mon ami Jacques prétend que ça fait toujours bien le terme « responsable », notamment quand on appelle le serveur un peu sourd dans un bistrot…) en la personne d’une dame d’un dynamisme à peine croyable, d’une conviction proche de l’apostolat. Retiens son nom : Françoise Marmann-Gallez (elle n’y peut rien… comme toi et moi, elle n’a pas eu l’occasion de choisir son patronyme ni à sa naissance ni à son mariage) . Et on va te dire où tu peux la contacter : c’est au Centre Culturel du Brabant Wallon, même qu’en voici l’adresse, le n° de téléphone, l’adresse e.mail : rue Belotte, 3, 1490 Court St Etienne, 010/62.10.30,m.urbanisme@ccbw.be Elle te dira, Françoise, qu’il y a déjà une série de communes intéressées par la remise en état et la promotion de leur réseau de sentiers et chemins : Aubange, en association avec Musson et Saint-Léger, et encore Hotton, en province du Luxembourg, Gedinne et Gembloux, associée à Sombreffe et Perwez, en province de Namur (même si Perwez c’est plutôt Brabant quand même), Limbourg et Wanze en province de Liège, Incourt, en Brabant wallon encore, et alors, en Hainaut, 2 villes, La Louvière et Tournai ! Surprenant, non ? Attention : il ne s’agit que de projets pilotes. On t’explique… Françoise comme on a dit, avec d’autres mordus des chemins, ruelles et sentiers, prend rendez-vous avec les mayeurs, échevins, conseillers des communes que l’on peu estimer intéressées. Elle leur propose de remettre à l’honneur ces « voies vicinales » - ça fait penser aux trams qui étaient aussi « vicinaux » parce qu’ils desservaient les villages. C’est-à-dire, pour commencer, de répertorier ces chemins et sentiers en se basant, imagine-toi,sur un Atlas très complet édité en 1841 ! Et en voyant où l’on en est aujourd’hui. Là-dessus, si l’autorité communale est d’accord, le Ministère passe une « convention », comme on dit, avec elles. Françoise va discuter avec les gens. Il y en a qui n’en ont rien à cirer qu’on réaménage un sentier, envahi par les ronces et les orties depuis 50 ans, à proximité de leur bicoque. Peur d’un déferlement de Hollandais, de cinglés de 4X4, de motards à engins tonitruants. Le fermier du coin, lui, a, peu à peu repris quelques dizaines de centimètres tout au long du sentier, ou bien il l’a totalement annexé. Et on ne peut lui en vouloir puisque ce bout de chemin était laissé à l’abandon. Lui, dans un sens, ça l’arrangerait même plutôt que tout se remette en état. Les cinsis, ils n’aiment pas le désordre. Bref, il faut convaincre. Françoise, ce n’est pas la shérif des sentiers et chemins vicinaux. Elle n’a pas un colt à la ceinture pour imposer la loi vicinale. Elle n’en a pas besoin d’ailleurs : elle parvient à persuader, aidée par les gars et les fillesdes « Chemins du Rail » et d’une flopée d’autres associations qui militent dans le même sens. Et puis, c’est parti. On plante des écriteaux pour signaler au promeneur que c’est là que ça se passe. Les services communaux envoient les débroussailleuses et l’un ou l’autre petit engin de chantier. Le sentier reprend forme et t’invite à y aller humer la fraîcheur des prés, des frondaisons, à t’émerveiller devant le chèvrefeuille grimpant avec allégresse à l’assaut d’une haie de ruelle, à t’esclaffer devant la houppette blanche d’un lapin détalant à toute allure. Le bonheur… Ah, oui ! Si, par hasard, ça t’intéresse, amie, ami, d’opérer une jonction interrégionale Wallonie-Bruxelles-Flandre, sache qu’un autre projet-pilote est déjà largement sur les rails –non, excuse, sur les chemins… !- avec un itinéraire « Senne-Zenne » qui, comme tu l’auras compris, suit le parcours fort sinueux de la Senne, une rivière qui se fiche pas mal des frontières régionales et communautaires. En Wallonie, les communes concernées sont Soignies, Braine-le-Comte, Rebecq et Tubize. Bonne promenade avec ton bâton, ton chien, tes petits-enfants et ton plaisir de saine détente ! « Vivre en Wallonie » asbl
Date de création : 30/08/2006 @ 10:52
Dernière modification : 30/08/2006 @ 10:54
Catégorie : 2005
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