| Envoi N° 139 du 02/07/2007 « Inculpé » ne signifie pas « condamné » ni « coupable »… (3) La grande transhumance est déjà bien engagée. Les soucis quotidiens s’estompent derrière les soucis vacanciers de bagages, de bouchons, de coups de soleil et de notes d’hôtel. C’est fort bien pour Charleroi : cette période permet de respirer et de regagner une hyper-sérénité momentanée. Pas se faire trop d’illusions quand même : dans 2 mois, ça risque fort de cracher à nouveau le feu, même si « l’ordre règne à Varsovie », comme on disait au temps jadis. C’est que, à lire quelques commentateurs de la presse écrite, le bricolage ayant abouti à l’adoption du « pacte de majorité » censé avoir ramené la paix en bords de Sambre pose quand même problème à divers analystes, politologues et, surtout, juristes. Il est, par exemple, dès le départ, évident que l’obligation de démission, pour un mandataire communal faisant l’objet d’une inculpation, se situe en dehors de toute légalité. C’est même le contraire puisqu’elle s’oppose au principe de présomption d’innocence. Cela pourrait, tout juste, être considéré comme une sorte de règlement d’ordre intérieur comme il en existe dans les entreprises privées et publiques. Encore que, dans ce cas, les délégations syndicales seraient montées au créneau et auraient contesté, avec succès, pensons-nous, une disposition aussi peu soucieuse des droits de la défense. Mais ce qui interpelle, plus fondamentalement encore (si c’est possible…) les éditorialistes de la presse écrite, c’est la négation brutale du vote des électrices et électeurs. Il ne faut pas se voiler la face : à Charleroi, les dizaines de milliers de voix accordées aux partis et aux candidats ont été jetées à la poubelle. On ne peut pas dire que c’est en fonction de la « raison d’Etat », ce qui a « justifié » ( !), pendant des millénaires ; toutes les atteintes aux Droits de l’Homme. Alors, il s’agit de quelle « raison » supérieure à toutes les règles de démocratie ? Car il s’agit bien de cela, de la démocratie », non ? Ou bien avons-nous mal compris la signification étymologique de ce mot dont nous nous gargarisons ? Mon vieux Larousse dit que la démocratie c’est « un gouvernement où le peuple exerce la souveraineté ». Eh bien le peuple carolo, lui, il peut aller se brosser… Il peut pointer ce qu’il veut sur son bulletin de vote, de toute manière, tout le monde s’en fout. Peut-être pas tout le monde, quand même, peut-on espérer. Si ce qui vient de se passer à Charleroi s’était produit en Bielarus ou au Kazakhstan……. Nous allons terminer avec ce qui nous paraît le plus phénoménal dans ces inquiétantes tractations carolorégiennes : le cas de Philippe Van Cauwenberghe. Une fois de plus, nous répétons que nous n’avons de liens, ni de près ni de loin, avec cet homme politique et que nous n’émettons aucun avis sur sa culpabilité ou non dans cette affaire clochemerlesque de bagarre de collage d’affiches électorales. Ce qui nous sidère, c’est son exclusion du collège échevinal pour une inculpation de ce genre, tombée quelques jours avant les élections législatives de juin 2007 pour des faits remontant à septembre 2006. Avec pour objet des « menaces verbales » à l’encontre d’un candidat adverse que le fils Van Cau accusait de surcoller ses affiches. Pour qui connaît les joyeusetés des batailles d’affichage électoral, l’inculpation donne lieu à un énorme éclat de rire. En quelques décennies, il y en a eu des millions de menaces verbales, et des milliers d’incidents moins verbaux comme des manches de brosse cassés sur une échine, des seaux de colle envoyés à la figure du colleur adverse, quand ce n’était pas le pugilat en groupes, à2h du matin, devant un panneau d’affichage. C’était et cela reste, croyons-nous, un folklore abreuvé à la Jupiler ou au pèkèt. Nous ne disons pas que ce folklore-là est celui qui serait primé par l’UNESCO… Bon… La Justice a décidé d’inculper. Elle a attendu 8 grands mois pour le faire. Il faut croire, quand même, qu’elle n’a pas donné un caractère d’urgence ni d’extrême gravité à la plainte du candidat MR agressé verbalement par son concurrent PS. Inculpation il y a. Avec quelle suite ? Justice de paix, Tribunal correctionnel, non-lieu, oubli ? Impossible à déterminer. C’est la Justice qui décidera. Et, en bonne démocratie, il y a séparation des pouvoirs. La Justice n’a pas d’ordre à recevoir du pouvoir politique. Et, à l’inverse, celui-ci n’a pas à prendre en compte une décision de justice avant condamnation.Et, dans ce cas, l’affaire traitée n’a strictement rien à voir avec les attributions scabinales exercées jusque là par Philippe Van Cauwenberghe. En plus, l’inculpation ne peut guère mener à une condamnation en Cour d’Assises… Mais les négociateurs du Pacte de majorité, à Charleroi, tranchent dans le vif : il est inculpé, on le flanque dehors… C’est quoi, ça, comme respect des droits citoyens ? Il y a 3 semaines de cela, un bourgmestre d’une commune flamande a été frappé d’une peine correctionnelle comme responsable d’un défaut d’éclairage, dans une rue de sa commune, où s’était produit un accident de voiture. Il était certainement inculpé depuis belle lurette. Mais, même condamné, personne n’a demandé sa démission. Des dizaines de mandataires communaux sont, chaque année, sous le coup d’inculpations. Richard Fourneau, par exemple, est demeuré mayeur de Dinant depuis des années malgré une jolie série d’inculpations. Et ce n’est que logique. La défénestration de Philippe Van Cauwenberghe, pour les faits que nous connaissons, nous paraît une dérive extrêmement grave, un précédent périlleux. Cette mesure ouvre la voie aux manigances et machinations les plus diverses. Un accident de voiture, une scène de ménage quelque peu animée, un conflit de voisinage. On dépose plainte, on inculpe et, vlan !, t’es éjecté de ton mandat. La question se pose illico : et si l’inculpation aboutit à un non-lieu ou un acquittement, il fait quoi, l’éjecté ? Il exige que son remplaçant libère la place, il dépose plainte à son tour contre le collège qui l’a viré ? Disons le tout net : à Charleroi, la démocratie n’a pas été gagnante. Quant au Code de démocratie locale, il a été pulvérisé. ……….. Mais à part ça, la Wallonie ne se porte pas si mal. Les dernières nouvelles en provenance des pôles de compétitivité portent à l’optimisme, tant du côté des industriels que des centres de recherches, des universités. Et aussi des organisations syndicales, puisque les prévisions d’emplois, en ce domaine, s’évaluent à quelques milliers pour les 5 prochaines années. Avec une démarche résolument optimiste de tous les partenaires pour atteindre des degrés d’excellence devant permettre à la Wallonie de s’affirmer de façon robuste et crédible sur la scène industrielle et économique mondiale. A Charleroi, notamment, où l’Aéropôle a pris un envol fort prometteur. Mais cela n’intéresse guère le lecteur, l’auditeur, le téléspectateur, n’est-il pas vrai ? C’est plus amusant d’égrener la liste des inculpés, tous « pourris », bien entendu, de Charleroi. « Vivre en Wallonie » ASBL
Date de création : 02/07/2007 @ 17:42
Dernière modification : 08/01/2008 @ 16:52
Catégorie : 2007
Page lue 1585 fois
Prévisualiser la page
Imprimer la page
|