Réflexion N° 102 du 11/07/2005Biocarburants wallons : on attend quoi ? Nous avons devant nous, d’une part, la quantité non négligeable d’articles de presse, récents, annonçant la création d’une industrie des biocarburants en Wallonie et, d’autre part, une brochure parue en 1989 sous le titre « L’Or vert – L’agriculture pour la Wallonie ». Cette brochure avait été éditée par l’asbl « Coqs d’Aousse » dont notre association « Vivre en Wallonie » est, en quelque sorte, l’héritière. L’équipe actuelle de « Vivre en Wallonie » a, d’ailleurs, participé activement à la rédaction de cet opuscule. Outre ces 2 sources d’information, nous venons de recevoir, à l’occasion de la tenue de la Foire de Libramont, les « Fiches techniques » de la Confédération des betteraviers belges, membre de la Fédération Wallonne de l’Agriculture, dont nous extrayons ces paragraphes : « 12 Betteraves et bio-éthanol La betterave est une des cultures permettant la plus grande production de bio-éthanol par ha (betteraves : 7000 l/ha, céréales : 3500l/ha) De nombreux projets sont actuellement développés. Au-delà de l’avantage apporté par la production de bio-éthanol sur le plan énergétique et environnemental, la création d’usines de bio-éthanol à approvisionnement mixte (céréales, betteraves – jus sucré-) pourrait aider à amortir l’incidence des fluctuations annuelles de production et offrir un substitut utile aux exportations de sucre sur le marché mondial en cas de bons rendements. » Un avis de simple bon sens. Alors, nous avouons notre extrême perplexité. Au moment où nous rédigions la brochure « L’Or vert », il existait déjà – il y a près de 20 ans !-, nous semblait-il, un très large consensus pour favoriserla production de bio-carburants sur la base des possibilités offertes par notre agriculture (colza pour le bio-diesel, betteraves, froment pour le bio-éthanol). Les avantages et perspectives de cette orientation stratégique étaient multiples et évidents : -une diminution de la dépendance énergétique par rapport aux produits pétroliers -une diminution des effets polluants de la circulation automobile -une possibilité intéressante de revenus nouveaux pour l’agriculture -l’utilisation, notamment, des 5 ou 10% de terres mises obligatoirement en jachère -des perspectives de création d’entités industrielles et, donc, d’emplois -l’implantation de technologies de pointe allant de la production de matières premières jusqu’à l’application dans la vie quotidienne des citoyens. Nous relevons un aspect, complètement méconnu, de la culture des betteraves, dans un contexte de protection de l’environnement : un hectare de champ de betteraves produit autant d’oxygène qu’un hectare de forêt amazonienne. Les betteraviers disent, eux, que cette production d’oxygène est 4 fois supérieure à celle d’une forêt. Nous ne trancherons certainement pas. Car le champ de betteraves venues à maturité n’est présent qu’un tiers de l’année, ce qui explique sans doute cette différence d’estimation. L’essentiel, c’est que cette culture a un effet bénéfique sur notre atmosphère. Ce qui, dans l’état de notre planète, confrontée à « l’effet de serre », nous paraît un élément particulièrement positif. Depuis la date de parution de cette publication, des initiatives ont vu le jour, dont l’entrée en fonctionnement d’une chaîne de production de bio-éthanol à Feluy (démontée et transplantée en Italie pour cause de non-défiscalisation !), l’expérimentation de bus circulant au bio-diesel à Mons, la production artisanale de ce bio-diesel dans l’une ou l’autre entreprise agricole. Avec, dans tous les cas, des réussites évidentes. On maîtrisait la technique. Pourquoi n’y a-t-il pas eu, dès ce moment, une volonté politique de pousser, avec vigueur, à la production de bio-carburants ? La réponse était simple, à l’époque : le litre de bio-carburant coûtait bien plus cher (le double, disait-on) que celui des carburants à base d’hydrocarbures. L’argument était, au départ, fallacieux. Il faut quand même savoir ce que l’on veut et ce que l’on souhaite pour l’avenir de l’humanité. Si l’on se préoccupe de l’avenir de la planète, il faut privilégier ce qui garantit cet avenir (c’est ce que l’on affuble de la dénomination « développement durable »…), et y mettre le prix. Par exemple en permettant à la production de bio-carburants de bénéficier d’avantages fiscaux. Aujourd’hui, la situation s’est sensiblement modifiée. La hausse spectaculaire du prix du baril de pétrole réduit fortement la disproportion entre les carburants classiques et les bio-carburants. Curieusement, face à cette flambée des prix de l’essence et du diesel, nous n’avons encore pas eu l’occasion de lire une étude récente consacrée à une comparaison actualisée de ces coûts. Nous lisons, aujourd’hui, que la défiscalisation des bio-carburants est bloquée par les institutions européennes. Tout d’abord, il y a là, au moins, un paradoxe. L’Union Européenne, d’une part, prend des mesures de rétorsion à l’égard de l’agriculture en matière de production sucrière et, d’un autre côté, proclame son souci de la « durabilité » et de l’environnement. Ensuite, comment se fait-il que des pays comme la France, l’Italie, l’Allemagne aient déjà pris des positions politiques positives en faveur des bio-carburants ? Au point que – ironie grinçante…- l’entreprise gantoise Oléon va vendre ses premiers hectolitres de bio-diesel chez Total, en Allemagne, parce que, chez nos voisins d’Outre-Rhin, ils seront défiscalisés? Et nous ne parlons pas de pays hors Union Européenne qui se sont engagés résolument dans la voie des bio-carburants (Etats-Unis et Brésil : respectivement 10 et 30% du carburant utilisé !) Il est probable – et même certain- que nous n’entendons pas grand choseaux aspects politiques, économiques, fiscaux du problème. Nous le reconnaissons en toute humilité. Tout en ajoutant que nous ne demandons qu’à comprendre. Ce qui implique que l’on veuille bien nous fournir des explications. Or, une fois de plus, il faut constater que la « communication » émanant de la Région wallonne, en la matière, est cruellement déficiente. Nous serions heureux que les services des ministres wallons concernés – ils sont trois sur l’affaire…- et, surtout, le « syndicat d’étude » créé le 18 novembre par le Gouvernement wallon et qui, si nos informations sont exactes, fonctionne sous la tutelle du ministre de l’économie Jean-Claude Marcourt, tiennent au courant l’opinion publique. Le Gouvernement wallon, dans son plan stratégique transversal « Création d’activités et d’emplois » publié le 27 mai dernier, consacre un chapitre aux énergies renouvelables et « Plus particulièrement, plusieurs raisons justifient aujourd’hui, que les pouvoirs publics accordent un intérêt particulier à la production de carburants en Wallonie à partir de matières agricoles. Dépendante des importations d’énergie et disposant d’un parc automobile important, la Wallonie a tout à gagner dans la fabrication et la consommation de carburants régionaux » Nous applaudissons. Mais, si l’on veut que les citoyens puissent juger de l’efficience de leurs gouvernants, la moindre des choses est de les informer de la réalisation concrète de politiques volontaristes et bénéfiques qui touchent leur quotidien. Les bio-carburants, ça les gens comprennent : utilisateurs, demandeurs d’emplois, techniciens, agriculteurs, entrepreneurs, défenseurs de l’environnement. Ce qui n’est pas le cas pour toute une série de sujets extrêmement périphériques et souvent tarabiscotés dont on les abreuve à longueur de colonnes de journaux, d’heures d’émissions radiophoniques ou télévisées. Et qui les laissent complètement indifférents. Quant à nous, dans notre action permanente de mise en valeur du dynamisme wallon, nous sommes d’ardents demandeurs de ce type d’informations, d’explications et de perspectives. « Vivre en Wallonie » asbl
Date de création : 30/08/2006 @ 10:46
Dernière modification : 30/08/2006 @ 10:54
Catégorie : 2005
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