| Vous avez déjà été « sondé » ? Dans « Le Soir » du jeudi 22 mars, rubrique « Courrier », paraissait le courriel d’un lecteur, signant Jules Gheude, intitulé : « Des sondages jusqu’à la nausée » L’expression nous a fortement intéressés, parce que c’est précisément ce que nous ressentons. Depuis l’admirable émission-fiction de la RTBf, en décembre, sur l’ « éclatement (virtuel) de la Belgique », nous avons assisté, lu, écouté, visionné une floraison de « sondages » dont la concordance d’intention frisait le ridicule. Nous reprenons les termes de Jules Gheude… « La démarche vise à démontrer que Flamands et Francophones ne sont pas si éloignés les uns des autres qu’on veut bien le dire, qu’il y a un réel décalage entre ce que pensent la population flamande et ses principaux leaders politiques, et que l’attachement à la Belgique est encore bien réel ». C’est bien de cela qu’il s’agit, en effet. Une offensive nationaliste néo-belgicaine a été déclenchée en opposition à l’affirmation identitaire régionaliste. Ce sont les trois couleurs d’un drapeau qui ne correspond à rien dans l’imaginaire des gens, c’est une « Brabançonne » dont les termes devraient nous faire rougir de honte, c’est le refus d’une prise de conscience de différences culturelles indiscutables, c’est le marteau qui tape sur le clou rouillé d’une « identité belge » contraire à toute justification historique, idéologique, sociologique, économique. Pourquoi la plupart des médias francophones se sont-ils tout à coup engouffrés dans ce déluge de belgicianisme bien-pensant ? Il doit y avoir une raison. Car si, comme le disent d’une seule voix tous les instituts de sondage, il n’y a aucun péril pour l’unité du pays dans le chef des citoyennes et citoyens, pourquoi, diable !, se livrer à une démonstration de telle envergure ? Car les gens au nom desquels parlent les « sondés » sont des électrices et des électeurs. Si, vraiment, ils (elles) sont opposé(e)s à toute idée d’éclatement de la Belgique, ils ont eu l’occasion de le montrer au cours des récents scrutins successifs. Et, par conséquent, aux prochaines législatives de juin, le Vlaams Belang devrait être réduit aux proportions d’un parti marginal, tandis que la N-VA et Spirit disparaîtraient de la scène politique. Si, comme l’affirme le sondage publié conjointement, le 24 mars dernier, par « Le Soir » et « De Standaard », en démarrage de leur remarquable opération « Le face à face Nord-Sud », 93% des Flamands veulent que la Belgique continue à exister, les résultats électoraux le démontreront, en bonne logique. Certes, le Belang ajoute au mépris pour la Belgique la haine à l’égard de l’étranger. Mais, enfin, son slogan « Que la Belgique crève ! » est bien présent à tout moment dans son discours et ses publications. Et si le racisme et la xénophobie se révèlent des « arguments » racoleurs, il ne faut pas perdre de vue qu’ils concernent aussi bien les Wallons que les Marocains et les Turcs dans les milieux de l’extrême-droite flamande. Et le Belang, c’est, quand même, un électeur flamand sur quatre…. Une proportion qui n’apparaît pas vraiment dans le sondage cité plus haut. Nous avouons notre perplexité à l’égard de ces enquêtes d’opinion qui, nous pouvons le constater, connaissent leur âge d’or. Nous nous sommes livrés, nous aussi, à cet exercice, imaginez-vous. Mais, bien entendu, dans des proportions et des objectifs nettement plus humbles. Nous avons, systématiquement, interrogé les personnes de notre entourage (au sens très large, quand même…) non pas pour connaître leur avis sur les Flamands ou sur la Belgique mais….tout simplement, pour savoir si elles avaient déjà été « sondées » une fois dans leur vie, à l’occasion de ces grandes consultations médiatiques. A notre grand regret, nous n’avons pas découvert la moindre « sondée » ni le moindre « sondé » parmi un peu moins de 200 amis, connaissances, parents, voisins, relations. Cela ne veut rien dire, bien sûr. C’est sans doute le hasard. Mais nous ne pouvons nous empêcher de nous poser la question de la méthode de constitution de l’échantillonnage utilisé par les instituts de sondage. Loin de nous l’intention de mettre en doute le professionnalisme, ni la rigueur, ni l’éthique des « sondeurs ». Ce qui nous interpelle c’est la façon dont s’opèrent les choix des personnes interrogées. Autre sujet qui nous laisse rêveurs…Nous allons prendre l’exemple du sondage De Standaard – Le Soir. Il a été réalisé en questionnant 1161 Flamands, 643 Wallons, 198 Bruxellois. Ces personnes sont sensées correspondre aux opinions respectivement, grosso modo, de 5,8 millions de Flamands, 3,3 millions de Wallons, 1 million de Bruxellois. Bon. Les spécialistes affirmeront que le volume de cette représentation est correct. Comment, cependant, peut-on préciser que la marge d’erreur est de 2,5 ? C’est un mystère auquel nous serions heureux de connaître la réponse. Pour notre édification personnelle, bien sûr. Parce que, pour le reste, quelques sondages récents se sont joliment cassés la figure. Et, surtout, un sondage drôlement plus costaud aura lieu au mois de juin, et pas par échantillonnages. Sans marge d’erreur, sauf erreur de comptage ou traficotage des urnes. Mais d’ici là, aucune inquiétude : il va encore nous en pleuvoir, des sondages. Bon courage… « Vivre en Wallonie » ASBL
Date de création : 11/04/2007 @ 21:28
Dernière modification : 08/01/2008 @ 16:54
Catégorie : 2007
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