Réflexion N° 100 du 23/06/2005 Les discussions en cours au sein du Gouvernement wallon sur l’octroi à la société New Lachaussée de la licence d’exportation pour le remplacement d’une cartoucherie, devenue obsolète, en Tanzanie, nous paraît être la parfaite illustration des multiples hypocrisies entourant, régulièrement, le commerce des armes. La plus grande, fondamentale, est de culpabiliser la production d’armes dans certains pays, peu puissants, alors que les budgets militaires pharamineux des grands Etats ne font l’objet d’aucune critique. Et que l’industrie et le commerce de l’armement y constituent une partie non négligeable des retombées économiques et financières. Si nous comprenons bien le raisonnement des opposants à l’octroi de la licence, la Tanzanie ne peut pas fabriquer des cartouches. Mais elle peut les acheter là où elles sont produites à une échelle nullement comparable à la dérisoire production tanzanienne actuelle. Nous comprenons et approuvons le refus de vendre des armes ou des usines d’armement à des pays où règnent des dictatures ou qui sont la proie de guerres civiles. Mais ce n’est pas le cas de la Tanzanie. En outre, par exemple, l’Arabie Saoudite et d’autres pays du Golfe sont de grands consommateurs d’armement de toute nature. Ce ne sont pas, pourtant, des Etats qui brillent par un souci particulier de démocratie et de respect des droits de l’Homme. Avez-vous déjà vu que quelqu’un mettre en cause leurs achats d’armes ou d’engins de guerre nettement plus sophistiqués que des munitions d’armes légères ? Une autre hypocrisie s’inscrit, elle, dans le contexte communautaire propre à notre pays. De façon systématique, l’industrie wallonne de l’armement fait l’objet de manœuvres flamandes d’obstruction, sur fond de diabolisation de l’immoralité de nos entreprises et du pouvoir politique wallon. Il y a un an à peine, l’entreprise « Forges de Zeebrugge », installée à Herstal, a encore été la cible d’attaques virulentes en provenance du Nord du pays, l’accusant de fabriquer des bombes à fragmentation – ce qui était totalement faux. Mais avez-vous entendu un seul ministre wallon s’en prendre à l’entreprise Barco, de Courtrai, dont 10% du chiffre d’affaires proviennent de sa division « Défense », productrice, notamment, d’équipements de pointe pour les radars de l’US Navy ? Enfin, pour en revenir au cas tanzanien, l’argument essentiel des tenants du « non à la cartoucherie » est le danger de la prolifération des armes dans la région des Grands Lacs . Là, nous avouons notre extrême perplexité. Nous recevons chaque jour des centaines d’images des conflits qui ensanglantent l’Afrique. Nous constatons que si les conditions économiques et sociales dans certains pays sont épouvantables, il n’y existe aucune pénurie pour ce qui est des armes. C’est plutôt d’abondance qu’il faut parler. D’où viennent-elles donc ces armes ? Produites par qui, commercialisées et acheminées par quelles filières bien rôdées ? La Tanzanie, nous dit-on, est la plaque tournante du trafic d’armes. Elle n’a donc pas attendu une nouvelle cartoucherie pour ce faire. Son voisinage immédiat avec les pays concernés est pointé comme un élément majeur de risque de détournement de la production tanzanienne vers les zones de combat. Mais… jusqu’à présent, l’éloignement des pays producteurs n’a jamais, de toute évidence, constitué le moindre handicap pour la fourniture, en masse, d’équipements guerriers. Ou alors estime-t-on que les armes et munitions (européennes, américaines, asiatiques, israéliennes….) dont disposent les multiples belligérants sont moins fatales aux populations que si elles étaient fabriquées en Tanzanie ? Qu’on nous explique….
Date de création : 30/08/2006 @ 10:39
Dernière modification : 30/08/2006 @ 10:55
Catégorie : 2005
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