| Envoi N° 122 du 11/01/2007 Réflexions de début d’année(2) Les Bruxellois existent… et le disent A en croire les médias de tous genres, la Belgique francophone a été profondément traumatisée par la superbe émission-fiction de la RTBf sur l’éclatement de la Belgique. On pleurait à gros sanglots dans les chaumières, on invoquait les dieux protecteurs contre ce cataclysme qui allait plonger près de 5 millions de citoyennes et citoyens étiquetés « Belges francophones » dans les affres de la plus effroyable désespérance. Bon, d’accord, ils étaient quelques dizaines, avec drapeaux, comme cela s’impose, devant le palais royal, il y eut des milliers de SMS, d’e.mails, de communications téléphoniques (youpee Belgacom !). Et on en a parlé le lendemain. C’était même fort amusant. Curieux quand même… Dans mon coin, je n’ai pas ressenti le moindre frémissement de panique. Possible que mes voisins, mes copains de bistrot avaient loupé l’émission, mais ça m’étonnerait. Et je me suis souvenu des jours qui ont précédé et accompagné l’invasion de l’Irak par les troupes US, il y a 3 ans. Là, partout, les visages étaient graves, les conversations étaient centrées sur l’événement, avec des accents de dégoût, de révolte et, aussi, d’anxiété. Il faut croire que plusieurs mondes cohabitent, avec des sensibilités diverses… ou bien que certains faiseurs d’opinion évitent soigneusement de relativiser les réactions de la population au profit d’une démarche médiatique qui, de plus en plus, paraît se complaire dans une « perception unique », sans doute commercialement rentable. Ne tombons pas non plus, nous-mêmes, dans le simplisme. Il est sans doute exact que, dans certains milieux – et pas des moindres, reconnaissons-le - l’éventualité, brutalement découverte, de l’éclatement du pays ait été ressentie comme un séisme, même si nous ne l’avons pas constaté par nous-mêmes. Et la question se pose, dès lors : pourquoi cette angoisse ? La réponse est double. D’une part, pareille perspective n’avait jamais effleuré l’esprit de ces personnes. D’autre part, les conséquences de la scission de l’Etat leur apparaissaientcomme une catastrophe épouvantable. Là encore, cherchons les raisons. Si les gens de la partie francophone du pays découvraient une situation pourtant pas très neuve, c’est que leur information était bien pauvre car ce n’est quand même pas d’hier que les voix du Nord nous envoient, à répétition, des messages non équivoques dans ce sens. Et si les Francophones manifestent tellement d’angoisse à l’idée d’être « largués par les Flamands », c’est tout simplement parce qu’on leur a fourré dans la tête qu’ils sont des nuls, que, sans le Nord, ils vont sombrer dans le désastre économique, donc social. Pour la Wallonie, il y a longtemps que ça dure. Il est impensable, n’est-ce pas, que la Wallonie puisse envisager de compter sur ses propres forces, c’est absurde, il ne faut même pas en parler… L’évidence politique, assénée à grands coups de masse.. Alors, expliquez-moi quand même…Au 1er janvier de cette année 2007, la Slovénie est devenue le 13ème pays à adopter l’Euro comme monnaie nationale. De partout, les applaudissements ont salué cette entrée dans le Club Euro – et ce n’était que justice. On a même entendu, partout, chanter les louanges de la « Suisse des Balkans » que serait ce pays, par ailleurs fort sympathique. La Slovénie, c’est une ancienne république de la Fédération yougoslave, qui s’en est détachée sans trop de casse. Elle compte 2 millions d’habitants, c'est-à-dire moins de 2/3 de la population de la Wallonie. Sa capitale, Ljubjana, est une ville charmante, à échelle humaine, comme Namur, dans un autre style et sous un autre climat. En quoi, dites-moi, la Wallonie serait-elle moins capable que la Slovénie d’être un Etat de l’Europe en voie d’agrandissements à rallonge ? Et Bruxelles ? Ah, de ce côté, il y a du nouveau. Et du bon, de l’excellent. Le 20 décembre dernier paraissait, dans « Le Soir », un « appel bruxellois » sous l’intitulé aussi bref que percutant : « NOUS EXISTONS ». Nous y reviendrons de façon plus détaillée dans une très prochaine réflexion. Pour faire court, une centaine de signataires y affirment l’existence d’une communauté bruxelloise qu’ils refusent de voir intégrée dans une « Belgique francophone » parce que Bruxelles a ses spécificités, revendique son identité multiculturelle et exige d’être considérée comme une Région à part entière, au même titre que la Flandre et la Wallonie. Bravo et merci, amies et amis bruxellois ! Votre position conforte celle des Wallons qui osent parier sur un avenir autonome. Bruxelles a les moyens de vivre, également, sans vouloir s’accrocher aux 2 autres Régions. N’est-elle pas d’ailleurs la pourvoyeuse de centaines de milliers d’emplois pour les habitants de Wallonie et, plus encore, de Flandre ? La Région bruxelloise, c’est le double de la population du Grand-Duché de Luxembourg, plus du double de celle de Malte, 300.000 de plus que Chypre. Avec des atouts économiques, politiques, culturels exceptionnels. Alors… Wallons, Bruxellois, ça nous fait vraiment peur, l’éclatement de la Belgique, si on le veut au Nord ? « Vivre en Wallonie » ASBL
Date de création : 14/01/2007 @ 10:20
Dernière modification : 08/01/2008 @ 16:56
Catégorie : 2007
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