| Envoi N° 177 du 03/09/2008 La Flandre veut Bruxelles La rentrée politique est là. Avec en point de mire une déclaration gouvernementale de politique générale le 14 octobre. Mais cette date est éclipsée par une autre : celle du congrès de la N-VA, le 20 septembre, précédant celui du CD&V, une semaine plus tard. Comique : toutes les attentes se focalisent sur ce qui sortira des assises d’un tout petit parti en termes de représentation parlementaire…On a beau se gausser de Bart De Wever : il a bien mené sa barque, le bougre ! C’est de la position que prendra sa formation politique que dépendra l’existence du gouvernement ! Non pas en fonction de son poids sur les échiquiers de la Chambre et du Sénat mais en raison de la crainte qu’il inspire aux autres partis, sur le plan de la popularité en Flandre. Car, en fait, le gouvernement fédéral de Guy Leterme n’est crédité que d’une longévité fort réduite. La vraie date à retenir, c’est celle des élections régionales de juin prochain. Et la campagne électorale est entamée depuis déjà quelques mois. Elle va s’amplifier très rapidement. Aussi, les partis flamands doivent présenter aux électeurs une image susceptible d’influencer les votes. Les seuls qui jouent sur le velours sont la N-VA et la Liste De Decker. En cas de vote anticipé, ils seraient certains de progresser de façon impressionnante. Même le Vlaams Belang n’est pas trop à l’aise, grignoté qu’il est par De Decker. La position que prendra la N-VA est donc cruciale. Si ce parti refuse de reporter le grand débat sur l’institutionnel au-delà des élections régionales, le CD&V sera placé devant un dilemme cornélien : maintenir malgré tout Leterme à la tête du gouvernement fédéral et rompre le cartel avec De Wever, ou bien privilégier l’alliance avec celui-ci et retourner aux urnes en entonnant plus virilement que jamais l’hymne à la Flandre triomphante, pour ne pas laisser à son encombrant allié le bénéfice d’une position de « meilleur Flamand ». Pour tenter de conserver sa position dominante au Parlement flamand. Ceci dit, rien ne permet de dire que la N-VA mettra son puissant allié en difficulté. Bart De Wever et ses amis ont, sans aucun doute, élaboré une stratégie tenant compte de ce qui leur semble leur offrir les meilleures perspectives. Et peut-être estiment-ils que les mois à venir leur offriraient le temps et l’occasion de grossir de façon significative les rangs de leurs partisans. Notamment en renforçant encore les exigences de la Flandre. Dans ce contexte, nous avons le sentiment que Bruxelles pourrait devenir un des principaux objectifs électoraux du nationalisme flamand. La hargne insolente avec laquelle les partis du Nord du pays, répètent, sur tous les tons, que les négociations institutionnelles doivent se situer entre Communautés, Bruxelles n’étant pas, selon eux, une Région à part entière, est déjà indicatrice d’une volonté de refuser aux Bruxellois le droit de choisir leur propre voie. Jusqu’ici, on se contente de proposer une cogestion de la Région bruxelloise par la Flandre et la Wallonie. Mais, depuis un certain temps, c’est un autre son de cloche que l’on commence à entendre. Au pèlerinage de la Tour de l’Yser, même si les activistes du Vlaams Belang n’y participent plus guère car cette manifestation leur paraît trop modérée, un des discours officiels a clairement revendiqué le rattachement de Bruxelles à la Flandre, les non-néerlandophones y ayant droit (quelle générosité !) au statut de minorité culturelle. Ces propos tenus en public confirment des échos qui nous étaient parvenus ces derniers mois de la progression de l’affirmation du droit pour la Flandre de « récupérer » Bruxelles, « ville flamande ». Certes, cette vision expansionniste n’est pas nouvelle mais elle n’était portée que par le Belang et ses alliés affirmés ou cachés. Il semble qu’aujourd’hui elle progresse dans les esprits d’une partie non négligeable de la population. Voici quelques jours, un de nos amis, par ailleurs défenseur acharné (voire fanatique) de l’unité de la Belgique, bilingue parfait, effectuant de très fréquents séjours en Flandre occidentale, nous confiait sa stupéfaction et sa crainte devant la rapide évolution des esprits à ce propos. Et il concluait, avec accablement : « Les Flamands veulent Bruxelles. Ils ne lâcheront jamais Bruxelles » Alors que la question n’était pratiquement jamais abordée voici un an, elle commence à devenir un sujet fréquent de conversation. Or, un passé récent nous apprend que l’opinion flamande peut à toute allure se rallier à des positions extrêmes. Ainsi en a-t-il été du thème de l’indépendance dont les bonnes âmes disaient qu’il n’était évoqué que par une infime partie de la population du Nord… Une minorité devenue quasi majoritaire ! Dans le climat actuel, dont l’effervescence ne fera qu’augmenter, les discours les plus délirants risquent d’avoir quelques échos. Certes, il n’y a peut-être simplement dans cette nouvelle agressivité qu’un moyen tactique pour faire monter les enchères. Il paraît évident que des tentatives d’annexion de la Région bruxelloise seraient vouées à l’échec. Mais agiter cette menace permettrait aux négociateurs flamands de faire aboutir plus aisément leurs exigences actuelles sous prétexte de « concessions » quant au statut de Bruxelles… Pas de paranoïa, quand même… Les Bruxellois sont capables de se défendre. Et ils peuvent compter sur le soutien des Wallons. Tiens, à propos des Wallons… D’habitude le mois d’août est une période creuse sur le plan de l’information politique. Eh bien, cette année, ce ne fut pas le cas. Bien sûr les femmes et hommes politiques ont pris leurs vacances, avec quelque retard. Mais cela n’a pas empêché des citoyennes et citoyens d’enrichir la réflexion quant à l’avenir de la Wallonie, que ce soit dans le cadre de la Belgique actuelle ou dans le cas d’un éventuel éclatement du pays. C’est réconfortant. Les avis sont, bien sûr, souvent divergents. Mais, au moins, il se confirme que les yeux se sont ouverts et que l’opinion publique wallonne se prépare aux grands changements institutionnels. En toute sérénité. Nous aurons le plaisir d’épingler, dans les prochains jours, quelques propositions qui nous ont paru dignes d’intérêt. Et nous restons à l’écoute d’autres sons de cloche éventuels. « Vivre en Wallonie » ASBL
Date de création : 07/09/2008 @ 09:51
Dernière modification : 07/09/2008 @ 09:51
Catégorie : 2008
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