| Envoi N° 176 du 22/07/2008 L’offensive des Régions (13 et fin) Que d’énergie et de temps gaspillés…. Le déroulement de la « crise » est du plus haut comique. Nous nageons dans l’absurde. Voilà qu’à présent les Régions sont appelées à la rescousse pour sauver l’Etat fédéral ! Tout d’abord, Albert II reçoit, en priorité, Kris Peeters, Rudy Demotte, Charles Picqué et, c’est à souligner parce que c’est nouveau et fort judicieux, Karl-Heinz Lambertz, président de la Communauté germanophone. Pour leur demander de participer aux négociations sur le volet « institutionnel ». Leterme démissionne. Refus royal. Leterme continue. Mais sans plus s’occuper de l’institutionnel, lui précise-t-on. La réforme de l’Etat, ce sera à un trio de « médiateurs » à la préparer : un représentant de la Région bruxelloise, un autre de la Région wallonne, un troisième de la Communauté germanophone. L’absence d’un représentant de la Région flamande plonge le monde politique dans la perplexité. Mais laissons cela comme sujet d’interrogations, d’explications, de suppositions à ceux et celles qui parviennent encore à s’intéresser à la série sans fin de montages tordus. Ce qui est patent, c’est la montée en force des Régions – y compris la Région bruxelloise que le monde politique flamand voudrait pourtant continuer à nier. On était loin de cette situation lorsque un certain constitutionnaliste de grand renom remettait au Groupe Wallonie-Bruxelles un projet de chambardement des institutions dans lequel disparaissait la Wallonie… Ceci dit, il est bien clair que les nouveaux tarabiscotages gouvernementaux n’ont qu’un seul mérite : assurer un minimum de gouvernance au pays pendant les prochains mois. Cela en vaut la peine pour ce qui est de la politique socio-économique. Encore que toutes les mesures annoncées soient assorties de l’hypothèque des « moyens budgétaires disponibles ». Et que, par exemple, l’augmentation promise des pensions les plus faibles soit prévue à l’horizon… 2011 ! Ce qui en réduit diablement la portée. Quel est le présomptueux qui aurait la témérité de prédire l’avenir de la Belgique d’ici 3 longues années ? Leterme 1er (ou 1 bis ?) tiendra-t-il même jusqu’au 1er août, puisque, d’une part, la troïka des médiateurs a reçu mandat royal de déposer des conclusions pour le 31 juillet et que, d’autre part, la NV-A et une bonne partie du CD&V sont bien résolus à faire de cette nouvelle date butoir une condition de soutien au gouvernement ? Si ce cap est franchi, c’est à la rentrée de septembre que le prochain grand choc se produira. A moins que les grands sorciers Langendries, de Donnéa et Lambertz aient trouvé la formule magique pour l’atténuer. Si c’est le cas, on n’est pas sorti de l’auberge pour autant. Un rendez-vous essentiel, fondamental, impossible à différer celui-ci, est inscrit dans le calendrier politique dans moins d’un an : les élections régionales. La campagne électorale, en Flandre, n’a-t-elle déjà pas commencé sur la question de savoir « qui sont les meilleurs Flamands ? ». A ce propos, n’est-ce pas une simplification intellectuelle hypocrite de présenter la NV-A comme la source de tous les maux ? Et de feindre de s’étonner qu’un « si petit parti » puisse jouer un rôle à ce point disproportionné par rapportà son poids électoral et le nombre de ses parlementaires ? Ne serait-il pas plus judicieux de regarder la vérité en face : l’assurance, l’audace, jugées insolentes par certains, de Bart De Wever et de ses amis reposent sur la certitude d’une adhésion massive de l’opinion publique à leurs thèses. Les 800.000 voix de Leterme, le succès électoral du CD&V ont été dus, en partie, à la formation du cartel que l’on sait, avec les indépendantistes. Et, depuis les élections de juin 2007, tous les indicateurs confirment la progression du courant dit « radical ». A l’heure actuelle, une crainte majeure des partis flamands serait la rupture de la NV-A d’avec le CD&V et sa jonction avec la liste De Decker, ce qui constituerait un parti redoutable sur la scène politique du Nord du pays. Et rien ne permet de croire que l’évolution enregistrée ces temps derniers ne va pas se poursuivre. Avec, en fin de course, l’exigence absolue : l’indépendance de la Flandre. Faut-il envisager cette probabilité avec terreur ? Ce serait, là, l’attitude la plus préjudiciable pour la Wallonie et pour Bruxelles. Heureusement, de ce côté, également, un changement des mentalités est palpable. De plus en plus, en Wallonie en tous cas, les jérémiades belgicaines font place à un bon sens nettement plus réaliste : si les Flamands veulent nous quitter, qu’ils le fassent, on se débrouillera sans eux ! Et les diverses options à envisager, dans le cas d’une rupture, sont, aujourd’hui évoquées ouvertement dans tous les milieux. Le tabou a été brisé. C’est ce qui pouvait arriver de mieux. Les auteurs du « Manifeste pour la convocation des Etats- généraux de Wallonie », dans une « Carte blanche » au journal « Le Soir » du 29 février s’exprimaient avec une grande clarté à ce sujet. Faisant allusion aux diverses positions prises par différents mouvements wallons, ils précisaient : « La réflexion porte ici (il s’agit d’un débat tenu à Namur, précisément ce 29 février –ndlr) sur l’évolution institutionnelle de la Wallonie dans le cadre belge. Notre perspective, il faut le rappeler, s’inscrit, elle, dans un schéma post-Belgique » Et ce schéma risque fort de devenir réalité. N’attendons donc pas d’y être confrontés en catastrophe. Les promoteurs d’une tenue d’ « Etats- généraux » proposent à la réflexion 4 possibilités : -un Etat wallon indépendant -un Etat Wallo-bruxellois -la réunion à la France -la réunion à une autre composante européenne que la France Ils invitent à préparer des dossiers soigneusement argumentés pour chacune de ces orientations. Il est possible que d’autres projets voient le jour. L’essentiel est d’être prêts pour le jour où…. La confrontation des diverses sensibilités, dans un esprit de respect des opinions de chacun, mais avec la volonté d’aboutir à un consensus, nous paraît constituer une urgence absolue. On a déjà perdu trop de temps, gaspiller trop d’énergie, dans cette guérilla incessante et cette liste interminable de « réformes » institutionnelles, ayant abouti à l’immense gâchis actuel. Alors qu’une négociation honnête, franche et sans complexe ni diatribes aurait pu éviter des années d’affrontements stériles. « Vivre en Wallonie » ASBL
Date de création : 07/09/2008 @ 09:48
Dernière modification : 07/09/2008 @ 10:12
Catégorie : 2008
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