| Envoi N° 173 du 30 /06/2008 L’offensive des Régions (10) L’ « idée » Demotte- Picqué a le vent en poupe Nous avons eu droit à une nouvelle rafale de sondages, ces dernières semaines. A vrai dire, ça nous manquait. Avouons-le : même si nous éprouvons quelque scepticisme quant à la valeur des ces exercices intelligents de communication- manipulation, même si, surtout, nous ne voyons pas très clair dans leur mise sur pied, même si nous sommes emplis d’admiration interrogative sur la détermination de leur « marge d’erreur », eh bien, c’est toujours avec la même joyeuse satisfaction que nous en prenons connaissance. Nous éprouvons une délectable impression de lecture rafraîchissante à la lecture des questions proposées aux « sondés » et des pourcentages d’avis que l’on retire des réponses. En plus, en toute honnêteté, nous y puisons, quand même, quelques informations intéressantes de tendances. Et quand ils se plantent cruellement, nous ne nions pas le moment de jubilation narquoise qu’accompagne un gros éclat de rire. Tout ça pour vous dire que nous remercions les instituts de sondage d’opinion et leurs commanditaires pour les efforts louables qu’ils consentent afin de faire connaître aux citoyennes et citoyens l’opinion des citoyens et citoyennes. Quand les résultats publiés, en outre, sortent du ronron assommant du déjà connu, alors, cela devient passionnant. Et sous cet aspect précis, nous avons été servis, avec générosité. Le 7 juin, le journal « Het Laatste Nieuws » publiait un sondage selon lequel 49,7 % de Flamandes et Flamands étaient favorables à la disparition de la Belgique. Soit la moitié de la population. En novembre, nous dit-on, ils n’étaient « que » 44%. Soulignons que ce quotidien est le plus important de tout le pays (et, forcément, de Flandre) en ce qui concerne le nombre de lectrices et lecteurs…. Quelques jours plus tard, un autre sondage, dû à une équipe de la KUL, donnait un son de cloche différent : 46% pour davantage de compétences aux Régions (donc à la Flandre) et… 9% pour la scission du pays, le reste des avis se partageant entre partisans du retour à l’unitarisme (11%), d’un Etat fédéral renforcé (11%) et du statu quo (20%). Il y a là une disproportion telle qu’elle est difficilement compréhensible. A moins que les 46% de demandeurs de Régions renforcées soient considérés comme des tenants d’un système confédéral, ultime étape avant l’indépendance et donc fort proches des sécessionnistes ? Le 27 juin, c’était au tour du « Soir » de livrer les résultats d’une enquête réalisée, nous apprend le quotidien, « par l’Institut TNS-Dimarso, pour le compte du pôle universitaire sur l’opinion publique et la politique de l’UCL » - du sérieux, quoi… Cette fois, il s’agit de ce que pensent les Wallons. Il paraît donc que 44% de ceux-ci désirent le retour à la Belgique-à-papa, 22% voudraient un Etat fédéral plus costaud, 12% le statu quo, 17% le renforcement des Régions et Communautés, 4% la scission. Ces chiffres peuvent laisser rêveurs. Et nous serions curieux de connaître la composition sociale des 717 personnes interrogées par les enquêteurs du mois d’octobre 2007 à janvier 2008 (3 mois pour s’entretenir avec 717 interlocuteurs… on vous le disait que c’était du solide, pas du travail bâclé !). Parce que, en toute humilité, par exemple, nous n’avons guère côtoyé, ces dernières années, de Wallonnes et Wallons faisant même ne fût-ce qu’une allusion à un retour à l’Etat unitaire. Mais enfin, les distingués enquêteurs de l’UCL doivent bien avoir soigneusement choisi l’échantillon « représentatif » de la population wallonne. Comment ? Ca ne nous regarde pas, quoi ! Cependant, c’est la suite de cette consultation universitaire qui apporte son lot de surprises. Passant à la vitesse supérieure, les réalisateurs de l’enquête ont posé la question essentielle : et si la Flandre choisissait la séparation, comment voyez-vous l’avenir de la Wallonie ? Première constatation : les personnes ayant fait l’objet de l’enquête ne donnent pas l’impression de refuser avec horreur cette perspective etémettent des opinions fort claires, ce qui suppose qu’elles ont déjà sérieusement envisagé pareille évolution. Et qu’elles s’y sont, d’ores et déjà, préparées. Intéressant, non ? Alors, leur vision des choses ? C’est là que l’on reste pantois. Championne toutes catégories, l’option « Fédération Wallonie- Bruxelles » : 56,5% de partisans ! « Le Soir » fait remarquer, fort justement, que l’enquête s’est clôturée avant la fameuse déclaration commune Charles Picqué- Rudy Demotte (17 avril) suggérant, précisément, cette formule. Les personnes répondant aux questions du groupe de l’UCL auraient donc anticipé sur l’ « idée » des 2 présidents régionaux ? Deuxième réponse dans l’ordre des pourcentages, le rattachement à la France : 29% . Pour nous, ce n’est qu’une demi- surprise. En effet, depuis de longs mois, les « rattachistes » font le forcing auprès des médias et avec succès. Des personnalités politiques, et non des moindres, ont rallié leur camp. Le score, cependant, est fort élevé, inattendu. Mais il y a plus stupéfiant encore. En 3ème position, vient l’alternative…. indépendantiste : 20,5 %. Là, nous sommes franchement sidérés. Ne nions pas notre plaisir : l’option d’une Wallonie indépendante n’est pas pour nous déplaire. Elle traduit l’aspiration à l’émergence d’un peuple et d’une Nation, le rejet du sentiment d’impuissance à se hisser, crânement, sans complexe, en tant que Wallonnes et Wallons, sur la scène internationale. Mais si la Fédération Wallonie- Bruxelles a bénéficié d’un important courant politique et est basée sur une logique apparente, si le rattachement à la France a été vigoureusement poussé sur le plan médiatique, il n’en va pas de même pour l’alternative indépendantiste. Au contraire : les rares défenseurs déclarés de cette perspective ont toujours été en butte aux railleries et, pour tout dire, n’ont guère eu l’occasion (ni l’audace, peut-être ?) de faire entendre leur voix. Le fait que 1 Wallon sur 5 opte pour cette formule d’avenir va carrément à l’encontre de tous les sondages effectués depuis des années. Ajoutons que l’enquête se complète par 16% de consultés pour une cogestion de Bruxelles par la Flandre et la Wallonie Cependant, si ces chiffres sont réjouissants, nous ne pouvons nous empêcher de nourrir quelque perplexité quant à leur pertinence, en raison de ce qui n’est, peut-être qu’un détail mais qui nous interpelle malgré tout : si l’on additionne les pourcentages repris ci-dessus, extraits de l’article du « Soir », notre arithmétique élémentaire nous fournit un total de …. 122%. Nous supposons qu’il y a une explication à cette anomalie de 22% en trop. Mais nous ne la connaissons pas. Et cela jette un peu d’ombre sur le tableau. Quoi qu’il en soit, ce qui paraît évident, c’est que la vision d’une Fédération Wallonie- Bruxelles, version Demotte- Picqué, a les faveurs d’une majorité des Wallonnes et Wallons. Ou, en tous cas, de 717 d’entre eux que nous voulons croire judicieusement sélectionnés. Il est donc temps de se pencher sur l’«idée » émise par les 2 présidents régionaux. Et de prêter attention, aussi, au « Manifeste pour des Etats Généraux de Wallonie » qui aborde de front les options institutionnelles de l’après Belgique. « Vivre en Wallonie » ASBL
Date de création : 01/07/2008 @ 10:41
Dernière modification : 01/07/2008 @ 10:41
Catégorie : 2008
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