| Envoi N° 170 du 13/06/2008 L’offensive des Régions (7) L’affaire d’Overijse : inquiétant Que nos lecteurs veuillent bien accepter nos excuses pour les quelques parenthèses que nous nous permettons dans la suite cette série consacrée à la remontée en force du fait régional dans la perspective des prochaines négociations institutionnelles. Mais l’actualité est, parfois, tellement brûlante qu’il est impossible de l’éviter. Le dernier (gros) incident à relever est, sans aucun doute, l’invitation lancée par l’autorité communale d’Overijse à ses administrés leur conseillant de dénoncer à un « Bureau des plaintes » les commerçants et entrepreneurs s’adressant à leur clientèle, actuelle ou potentielle, dans une autre langue que le Flamand. Venant après une série fleurie de mesures prises à l’encontre des non- néerlandophones, qui ont réussi à émouvoir l’Europe et même les Nations- Unies, cette nouvelle manifestation d’intolérance a effrayé jusqu’aux hommes politiques flamands qui, au gouvernement fédéral comme au gouvernement flamand, ont tenu à se démarquer au plus tôt de cette encombrante décision communale et de sa concrétisation dans un bulletin officiel municipal. Car il ne faut pas être un grand défenseur des valeurs démocratiques pour mettre le doigt sur les 2 aspects inquiétants de l’ukase concocté par les édiles communaux d’Overijse. Le 1er concerne le fond : interdire à des sociétés ou des individus de converser dans la langue qu’ils décident dans le contexte de leurs activités professionnelles. Si cet interdit était étendu à l’ensemble de la Flandre, on serait bien embêté à Knokke le Zoute ou à Blankenberghe. L’initiative est ahurissante, incompréhensible. Imagine-t-on un pouvoir communal wallon interdisant aux commerçants d’utiliser le flamand, le turc, l’italien, l’allemand, l’espagnol , l’arabe, le polonais, le grec ou… le wallon suivant la langue de leurs client(e)s, s’ils en ont la possibilité ? C’est, tout simplement, impensable. Mais, en ce domaine, nous commençons à être blindés contre l’étonnement. L’usage unique du flamand, au Nord du pays, est devenu une obsession telle que l’on peut s’attendre à toutes les trouvailles les plus saugrenues : au coin de la rue, sur les terrains de sport, dans un taxi, au resto et, pourquoi pas, dans les relations amoureuses. A la limite, ce qui apparaît surtout, c’est la débilité de ces réactions. Cela se soigne, docteur, l’hystérie linguistique ? Et nous ne mettons nullement en cause la légitimité de la défense et de la promotion de la langue et de la culture flamandes pour lesquelles nous éprouvons le plus grand respect. Elles ont apporté suffisamment de preuves de leur valeur, au plan universel, qu’il est fondamental pour le peuple flamand d’assurer leur développement. Mais ce n’est pas sous la forme de l’intégrisme linguistique le plus imbécile que le combat doit être mené. Le 2ème aspect qu’il faut soulever, dans l’affaire d’Overijse, c’est le procédé proposé à la population pour traquer les « inciviques » locaux qui parlent, à l’occasion, une autre langue que celle de Vondel. L’incitation à l’espionnage et au mouchardage, cela fait revenir à la surface de la mémoire collective des pratiques de temps extrêmement pénibles de notre Histoire. Le temps où l’écoute des radios des Nations alliées contre l’Allemagne hitlérienne ou la lecture de journaux clandestins faisaient l’objet de dénonciations sordides aboutissant à la (très dure) répression des contrevenants. Et aux encouragements de l’occupant pour les dénonciateurs. Ne dramatisons pas. Tout indique que, étant donné l’énormité de l’acte posé par l’autorité communale d’Overijse, son application ne risque pas, pour l’instant du moins, d’être suivie par d’autres municipalités. Encore que, jusqu’ici, nous n’avons entendu des condamnations flamandes que pour ce qui concerne l’illégalité constitutionnelle de la mesure concernée. Et pas pour le fond même de la traque linguistique. Moins encore pour le procédé de délation proposé aux citoyen(ne)s. Préoccupant, alarmant. Car si quelques tordus, à Overijse, ont imaginé ce plan de bataille d’épuration linguistique, c’est, quand même, parce qu’ils y ont été encouragés par un climat général d’intolérance suffisamment puissant pour passer à une action officialisée par un pouvoir local. Climat conforté par des décisions allant dans le même sens, prises à d’autres échelons du pouvoir flamandEt qu’ils ont cru, de toute bonne foi, que leur initiative serait considérée avec sympathie, voire glorifiée, au nom d’un militantisme vertueux combattant les « traîtres » à l’usage exclusif de la langue flamande. Préoccupant, donc. Et infiniment triste. « Vivre en Wallonie » ASBL
Date de création : 13/06/2008 @ 11:31
Dernière modification : 13/06/2008 @ 11:31
Catégorie : 2008
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