| Envoi N° 167 du 13/05/2008 L’offensive des Régions (4) On fait comme si…. Nous nous permettons d’ouvrir une parenthèse avant de poursuivre notre exploration des positions régionalistes wallonnes, entamée dans les 3 « Réflexions » précédentes. C’est que l’actualité politique marquée par le nouveau crêpage de chignon au sein du vacillant gouvernement fédéral à propos de BHV nous interpelle. Non pas que nous soyons surpris par l’impatience flamande à croiser le fer avant le 15 juillet, cette fameuse et fumeuse date butoir. En toute modestie nous n’y avons jamais cru. Non, ce qui nous surprend, c’est la… surprise affichée par les partis francophones. S’agit-il, de leur part, d’un jeu de scène où l’on feint l’étonnement et l’indignation pour affirmer et démontrer sa propre bonne foi ? Ou bien, ce qui serait pire, les femmes et hommes politiques bruxellois et wallons sont-ils à ce point agrippés à leur dévotion pour l’unité de la Belgique qu’ils veulent continuer à se réfugier dans une candeur pathétique ? Nous craignons bien que la seconde explication soit la bonne. Car, depuis des mois, succédant d’ailleurs à des années, nous assistons à ce spectacle désolant d’un monde politique, au centre et au sud du pays, qui retarde désespérément le moment où il faudra bien regarder la vérité en face. Et cette vérité est pourtant évidente : il n’y a déjà plus de Belgique. On peut comprendre le fait de gagner du temps afin de préparer la suite de l’Histoire, notamment en s’efforçant de maintenir tant bien que mal, et tant que faire se peut, un gouvernement fédéral, indispensable pour faire face aux immenses problèmes qui constituent le quotidien de la population. Mais il est, par contre, irresponsable de discourir et d’agir comme si la Belgique était éternelle. Nous n’avons même pas l’excuse de l’ignorance. Au Nord, le message est de plus en plus clair. Et il n’émane pas uniquement d’ « extrémistes » du Vlaams Belang, de la liste De Decker, de la NV.A. Des propos particulièrement édifiants sont tenus régulièrement par des personnalités éminentes du monde économique et/ou culturel flamand. Il en est un qui nous a récemment frappés par sa franchise brutale. Et, une fois de plus, nous avons dû constater que les médias francophones ne l’ont pas relevé, malgré la froide détermination qu’il révèle. Il s’agit d’une phrase prononcée par un philosophe de grand renom, Etienne Vermeersch, professeur émérite à l’université de Gand, cosignataire du Manifeste du groupe « Gravensteen », paru dans « Le Soir » du 23 février. C’est dans le même quotidien qu’il fait part de ses convictions profondes, comme « invité du lundi », le 3 mars. Titre du compte-rendu de l’entretien : « Le respect des frontières est crucial pour le pays ». Le dialogue entre Etienne Vermeersch et le rédacteur du « Soir », Dirk Vanoverbeke, se focalise sur la notion de territorialité, primordiale pour les Flamands, opposée, selon le professeur, au principe de « personnalité » cher aux « francophones ». Autrement dit : le « droit du sol » et non le « droit des gens ». L’article est intéressant, les propos recueillis démontrent une opinion intelligente, raisonnée, cohérente. Ils vaudraient une analyse plus approfondie. Nous n’en soulignerons, pourtant, que ces lignes : « Le Soir : Pour les signataires de votre manifeste, la frontière linguistique est une frontière d’Etat ? E. Vermeersch : Oui, en matière de langue et de culture, un francophone qui vient s’établir en Flandre ne possède pas plus de droits qu’un Russe, un Français ou un Japonais qui viennent s’y fixer. Ni plus ni moins. Sans quoi, cette frontière n’a plus aucune raison d’être » Ne prenons pas un air courroucé. Ne posons aucun jugement moral, ni politique. Actons la déclaration et remercions son auteur pour son honnêteté intellectuelle. Et, surtout, tirons-en la conclusion. Les Wallons et les Bruxellois francophones sont des étrangers en Flandre. Ni plus ni moins, comme l’assène le professeur. Alors… n’est-il pas temps d’admettre que la Belgique n’existe plus que sur la carte du monde et que sa disparition est programmée au Nord. Plutôt que de se démener en contorsions épuisantes pour, répétons-le, faire comme si tout cela n’était qu’une fiction imaginée par la RTBf, un soir de décembre 2006 ? Nous fermons la parenthèse. Dans une prochaine « Réflexion », nous en reviendrons aux options régionalistes wallonnes et, notamment, à la prise de position d’élus régionaux et communaux à ce sujet. Avant d’aborder le fond des propos tenus par Jean-Claude Marcourt et de la déclaration commune de Rudy Demotte et Charles Picqué. « Vivre en Wallonie » ASBL
Date de création : 03/06/2008 @ 08:46
Dernière modification : 03/06/2008 @ 08:46
Catégorie : 2008
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