| Envoi N° 162 du 12/02/2008 L’avenir de la Belgique, à court, moyen et long termes (11) Citoyennes et citoyens perdus dans la jungle institutionnaliste Dans un des précédents billets de cette série « L’avenir de la Belgique… » nous regrettions l’absence d’un projet « francophone » (même si ce terme ne nous plaît guère…) dans la perspective d’un éventuel éclatement du pays. Les choses n’ont pas changé si nous nous en tenons à la position des différents partis se partageant l’électorat à Bruxelles et en Wallonie. Ni même aux débats en cours dans le groupe de travail Wallonie-Bruxelles. Par contre, ces dernières semaines, une avalanche d’écrits s’est abattue sur les salles de rédaction des médias, émanant de personnalités individuelles ou de groupes de réflexion. C’est une fort bonne chose. Enfin, ce qui était considéré, il n’y a pas si longtemps, comme improbable, impensable, apparaît aujourd’hui comme fort possible. Et, par conséquent, il devient non seulement souhaitable mais même d’une urgence absolue, de s’y préparer. C’est un progrès immense. Cependant, les choses se compliquent du fait de la multiplicité des avis formulés, des solutions proposées. Et, le plus souvent, ces textes pensés et écrits avec une argumentation cohérente et unsérieux indéniables sont difficilement intelligibles pour la plupart des gens. Le jargon utilisé est celui, généralement, de juristes considérés comme « constitutionnalistes » ou/et « institutionnalistes ». Il n’est pas question d’en faire reproche à ces personnes : c’est leur domaine et, dans l’ardente confrontation des points de vue, ils se servent de termes et, surtout, de notions pour lesquels ils veillent à assurer une précision rigoureuse. Cela n’aide pas le simple lecteur mais est-il possible d’éviter pareil obstacle ? Ce n’est cependant pas, à notre sens, cet aspect de sémantique qui peut le plus troubler les esprits. C’est surtout l’incroyable complexité des propositions de modifications des institutions qui nous plonge dans une jungle d’échafaudages inextricables tous imaginés, pourtant, sans aucun doute, pour en arriver à un édifice fédéral ou confédéral stabilisé et viable. Et, à chaque coup, il est obligatoirement question de la mise sur pied de dispositifs supplémentaires de gestion du pays. Nous allons prendre un exemple, simple celui-ci, en apparence en tous cas. Les défenseurs de l’unité du pays mettent en avant la création d’une « circonscription nationale » qui permettrait à une dame de Zeebrugge de voter pour Benoît Lutgen et à un sidérurgiste de Seraing d’apporter son suffrage à Yves Leterme. Un certain nombre d’élus « nationaux » prendraient place sur les bancs du Sénat, à côté des sénateurs élus, des sénateurs cooptés, des sénateurs provinciaux, des sénateurs de droit…. Ce serait donc un nouveau bulletin de vote que recevraient les électrices et les électeurs à l’entrée des bureaux de vote. Sans qu’ils sachent trop bien à quoi cela correspond. Sans doute estime-t-on que l’éventail des votes offerts aux appétits de l’électorat est trop peu fourni ? Pourtant le menu semble copieux. Nous votons : -pour les communes -pour les provinces -pour les Régions -pour la Chambre des Représentants -pour le Sénat -pour l’Europe Et l’on voudrait, en plus, intercaler dans la liste une circonscription nationale ? Ca va la tête ? Et, lorsque tous ces scrutins sont terminés, l’homme et la femme de la rue doit encore s’y retrouver dans l’enchevêtrement des pouvoirs multiples, des compétences des uns et des autres, des manœuvres de chaise musicale entre ministres virevoltant des Régions au Fédéral, aux Communautés, du Fédéral à l’Europe… ! Il faudrait que le monde politique comme celui des institutionnalistes retombe de temps en temps sur terre. La nouvelle trouvaille, c’est la « Communauté urbaine » pour remplacer, apparemment, la Région bruxelloise. Ou la mettre sous tutelle. Ou bien quoi ? A ce propos, nous ferons état, dans une prochaine « Réflexion », d’un écrit qu’un vent favorable a fait atterrir entre nos mains. Il s’agit d’une réaction de Jacques Fostier, qui fut secrétaire général, jusqu’en mars 2007, du Conseil Economique et Social de la Région wallonne (CESRW) à l’une ou l’autre prise de position apparue ces temps derniers. Nous ne dirons pas que ce texte nous paraît apporter plus de clarté que d’autres. Et il comporte, pensons-nous, quelques avis quelque peu trop tranchés et, pour tout dire, assez contestables. Mais celui qu’il donne à propos de cette Communauté urbaine vaut la peine d’être cité. A très bientôt. « Vivre en Wallonie » ASBL
Date de création : 02/03/2008 @ 09:14
Dernière modification : 02/03/2008 @ 09:14
Catégorie : 2008
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