| Envoi N° 160 du 15/01/2008 L’avenir de la Belgique, à court, moyen et long termes (9) La démocratie est-elle provocatrice, sous certains cieux ? Elio Di Rupo est un provocateur. Cette affirmation, d’apparence saugrenue de prime abord, a pourtant fait l’unanimité du monde politique et des médias flamands, voici quelques jours. La « provocation », c’était la proposition d’un recensement dans les communes voisines de Bruxelles, pour connaître les affinités linguistiques de la population. Il est bien évident que cette idée était liée au sort à réserver à l’arrondissement Bruxelles-Halle-Vilvorde. Son objectif était fort clair : connaître de façon précise les préférences linguistiques des populations concernées. Cela, au démarrage du fonctionnement d’une Commission de 18 personnalités politiques (parfois de 20…, à la carte) chargée de préparer une réforme profonde des institutions de l’Etat fédéral. Réforme où l’arrondissement BHV constitue un élément crucial. Pour entamer une réflexion en profondeur, sur quelques sujets que ce soit, la moindre des choses est de savoir de quoi on parle. Il faut donc rassembler le maximum de paramètres (c’est ainsi qu’on dit, aujourd’hui, plutôt que d’utiliser le terme démodé de « données » qui fait quand même trop paysan). Et l’un de ces paramètres, l’essentiel, nous semble-t-il, réside dans les désirs des citoyennes et citoyens dont on discute de l’avenir, là-haut. Elio Di Rupo, en annonçant qu’il mettrait sur la table des négociations l’organisation de pareille consultation, doit réjouir tous les démocrates. Si « démocratie » signifie « pouvoir du peuple », la moindre des choses est quand même de demander l’avis de ce peuple avant de prendre des décisions qui vont l’engager pour des décennies ou même des siècles. Cette évidence n’en est pas une au Nord du pays. C’est, au contraire, considéré comme une PROVOCATION. On est éberlué. Qui provoque-t-on en demandant à une centaine de milliers de personnes habitant dans un périmètre précis, quelle langue ils emploient ? A noter qu’à l’appui de cette accusation, nous n’avons pas lu ni entendu la moindre justification. C’est une provocation, point à la ligne, on n’a pas à expliquer pourquoi. Ou, alors, c’est le bout de l’oreille qui pointe : à la faveur de ce recensement, on en viendrait vite à l’idée d’un referendum au cours duquel on demanderait aux habitants des communes concernées, s’ils veulent vivre en Flandre unilingue néerlandophone ou dans une Région bruxelloise bilingue. Horreur ! Nous nous demandons, parfois, dans quel monde d’incohérence, de confusion et de mauvaise foi nous vivons. Si, comme c’est le cas chez nous, une descommunautés composant la Belgique revendique le droit de se séparer de celle-ci et de construire son autonomie, personne ne le lui conteste. Mais lorsque cette même communauté refuse à une minorité linguistique et culturelle occupant une partie de son territoire la possibilité de choisir, elle aussi, sa propre voie, et qu’elle se dresse même, toutes dents et griffes dehors, contre un simple recensement des désirs des habitants, nous ne pouvons nous empêcher de nous poser des questions sur l’honnêteté intellectuelle des personnalités flamandes qui jouent dans cette pièce indigne, désolante, révoltante. Nous en finirons par croire que le terme « démocratie », même s’il a la même définition dans tous les dictionnaires des peuples du monde, n’a pas la même signification au Nord et au Sud de ce pays nommé Belgique. Le plus comique, dans ce sac de nœuds que constitue BHV, c’est que ce sont les Flamands flamingants qui, historiquement, ont allumé la mèche. Ce sera l’objet d’une prochaine « Réflexion ». Nous ne voudrions cependant pas terminer sans rappeler que le monde politique flamand est, lui, orfèvre en « provocation ». La plus énorme, que nous connaissons toujours, est la décision du Gouvernement et du Parlement flamands de choisir Bruxelles comme capitale de la Flandre. Ce qui, en toute logique, affirme la volonté flamande d’annexer, purement et simplement, la Région bruxelloise. Comme vient de le préciser le Vlaams Belang, avec ses « cartes d’identité » où toute personne bruxelloise est décrétée « Vlaming ». Mais. « Bruxelles, capitale de la Flandre », n’est pas le fait du seul «Vlaams Belang. Tous les partis flamands en sont preneurs. Sans avoir jamais sollicité l’avis des Bruxellois. Et ils ont le culot de parler de provocation quand Di Rupo propose de demander aux gens quelle langue ils emploient ? Faut croire qu’ils ont une fameuse trouille de voir les résultats de la consultation, non ? « Vivre en Wallonie » ASBL
Date de création : 02/03/2008 @ 09:12
Dernière modification : 02/03/2008 @ 09:12
Catégorie : 2008
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