| Envoi N° 156 du 11/12/2007 L’avenir de la Belgique à court, moyen et long termes (5) Non, décidément, Yves Leterme n’est pas Gaston Lagaffe Yves Leterme n’est pas un gaffeur. Nous serions même assez d’accord avec Laurette Onkelinckx qui, voici quelques mois, le qualifiait d’ « homme dangereux ». Tout en ajoutant, pour notre part, qu’il peut être dangereux si nous le voulons bien. Nous sommes nous-mêmes tombés dans le travers de la rigolade facile, dans une précédente « Réflexion », en parlant de « Gaston Leterme » et « Yves Lagaffe ». C’était une insulte à Gaston Lagaffe et nous nous en excusons. Le présenter comme un « gaffeur » indécrottable, à la suite de ses derniers exploits médiatiques, c’est minimiser la portée de ses propos, vouloir fermer les yeux sur sa vision politique, lui donner l’absolution au nom de « Pardonnez leurs offenses, ils ne savent pas ce qu’ils font ». Leterme sait ce qu’il fait. Il est intelligent, personne ne le nie. Il manie la langue française comme pas mal de Francophones souhaiteraient le faire. Il dispose d’un charisme suffisant pour rassembler sous son nom 800.000 voix d’électrices et électeurs, un score qui dépasse largement celui, historique, obtenu par José Happart, au temps jadis. Il veut mener à bien un projet collectif du Parlement et du Gouvernement flamands qui vise à dépouiller l’Etat Belgique de la plupart de ses attributions jusqu’à le rendre complètement inutile. Il n’a pas hésité à s’allier à un parti ouvertement indépendantiste et n’a jamais eu un mot pourtenter de ramener celui-ci à un discours plus modéré. Celui dont on pense encore, semble-t-il, faire le futur 1er ministre du pays a, lui-même, clairement déclaré que la Flandre lui importait nettement plus que la Belgique en matière de « plus-value ». Une incongruité saisissante. Mais… il ne s’en cache pas et c’est son droitd’affirmer cette conception. Ce qui l’est moins, c’est l’attitude que ce monsieur ne cesse d’adopter à propos de ce que l’on appelle « les Francophones ». Inutile de rappeler son avis sur la capacité des Wallons à apprendre le néerlandais. C’était peut-être un prof d’univ, ethnologue de formation, qui lui avait suggéré cette déficience intellectuelle wallonne. Mais ses propos à l’encontre de la RTBf sont tout simplement empreints d’une mauvaise foi et d’une virulence sidérantes. Très fidèles auditeurs des émissions radio « Vivacité » de la RTBf, nous avons, à plusieurs reprises, été agacés par l’insistance de certains animateurs de cette chaîne à vouloir démontrer qu’il n’y avait que chaleureuses relations entre gens du Nord, du Centre et du Sud. Cela nous paraissait un peu trop cantiques de Noël à la sauce « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » ou bien « On ira tous au Paradis, toi et moi ». Alors, accuser la RTBfd’attiser une prétendue et inexistante hostilité des Bruxellois et des Wallons à l’encontre des Flamands, c’est le mensonge éhonté érigé en dogme politique. Outre cet aspect de manque d’honnêteté intellectuelle, le personnage d’Yves Leterme offre encore d’autres caractéristiques intéressantes. Il serait macho que ça ne nous étonnerait pas, si l’on s’en réfère à son discours des derniers jours à propos de la présidente du CDH. Reproche à la RTBf , dénoncée comme « chaîne de propagande de Joëlle Milquet », alors que cette radio de service public n’a jamais fait que relater les propos et les positions des uns et des autres au cours de ces 6 mois de palabres. Mais aussi, et, là, c’est à la limité de la vulgarité : « Si elle cumulait un peu moins, elle aurait plus de temps pour sa famille ». Ce qui correspond à l’ancestrale réaction masculine de bas étage visant les femmes se lançant dans la politique : « Qu’elles retournent à leurs casseroles » ! ». Et si, en fait, ce qui irrite Leterme, chez Milquet, c’était uniquement l’acharnement qu’elle met à vouloir défendre bec et ongles la Belgique actuelle ? Alors que lui veut la dépiauter (la Belgique, bien sûr…) avant de la larguer dans une poubelle. A tout prendre, à choisir, nous préférons de loin à cette phraséologie brillamment perfide et volontairement blessante de Letermele langage direct de Bart De Wever, le dirigeant de la N-VA : « La Belgique, toit superflu entre l’Europe et la Flandre ». C’est clair, sans détour et ça n’attaque personne. Pour tout dire, on pourrait quand même en rire des propos de Leterme. En Wallonie, la tradition populaire est de n’accorder qu’une attention mineure au discours : c’est au pied du mur qu’on voit le maçon, pas quand il est occupé à se vanter au comptoir du cabaret. Mais… de nombreux échos nous parviennent, ces dernières semaines, faisant état d’un changement de comportement de Flamands et Flamandes à l’égard de Wallons et Wallonnes avec lesquels ils entretenaient, jusqu’il y a un ou deux ans d’ici, des rapports cordiaux. Nous avons entendu, au cours de quelques émissions de radio, des intervenants qui se disaient profondément attristés par la constatation d’un refroidissement palpable des relations entre individus des 2 communautés. Pire : des exemples nous ont été cités de jeunes francophones fréquentant, de la volonté de leurs parents, des écoles du Brabant flamand et qui se trouvaient, doucement, mais fermement, mis à l’écart par leurs condisciples néerlandophones. En reviendrait-on au « Walen Buiten » louvaniste de la fin des années 60. Ce serait un désastre. Nous ne pouvons pas nous cacher la tête sous le sable : 800.000 Flamandes et Flamands ont apporté leur suffrage, personnellement, à Yves Leterme, en toute connaissance de cause de son projet politique. Cela fait un paquet de gens qui ont intégré mentalement l’image du Wallon profiteur et fainéant. Notre plus grande crainte provient, cependant,de réactions que nous avons pu enregistrer dans divers milieux, en Wallonie, pourtant pas portés, au départ, à une quelconque hostilité à l’égard de la Flandre.On en est, aujourd’hui, à rappeler que « les Flamands ont été bien contents de venir gagner leur pain en Wallonie », à quoi certains rétorquent, avec justesse, que ces Flamands ont contribué au développement économique du pays. Mais il ne faudrait pas grand’chose pour que des marques d’animosité envers l’autre partie du pays se manifestent. C’est ce qu’il faut éviter à tout prix. Nous espérons que tous les partis, toutes les organisations, tous les mouvements culturels, sportifs de Wallonie veilleront à ce que, quelle que soit l’évolution institutionnelle de la Belgique, cela ne débouche pas sur des sentiments d’aversion contre le peuple flamand. Si celui-ci décide de se séparer, ce qui est son droit incontestable, que cela se fasse entre gens responsables, sans récrimination, dans le respect des intérêts de toutes les parties. Et sans rupture des liens, bien réels, qui se sont tissés entre le Nord et le Sud de la Belgique agonisante, au cours de l’Histoire. « Vivre en Wallonie » ASBL
Date de création : 08/01/2008 @ 16:44
Dernière modification : 08/01/2008 @ 16:49
Catégorie : 2007
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