| Envoi N° 154 du 04/12/2007 L’avenir de la Belgique, à court, moyen et long termes (3) Et si on cessait de se faire peur ? Patatras ! Joëlle a encore frappé ! Belle revanche féministe : cette (jolie) diablesse parvient à mettre k.o. un groupe compact de messieurs fort sérieux représentant des partis politiques destinés à diriger le pays – du moins en ont-ils l’ambition proclamée. Au Nord, jusqu’il y a peu, c’était le PS qui était la cible de toutes les accusations. Les temps ont changé. Aujourd’hui, c’est Milquet qui fout l’embrouille (remarquez l’extrême délicatesse dont nous usons en ces temps où l’on épluche chaque ligne écrite à la virgule près). La fringante écuyère combattant, sans peur et sans reproche, les destructeurs du royaume de Belgiquesous la bannière tricolore n’a rien à envier à Jeanne, la bergère qui lutta jadis pour le royaume de France. Sauf, quand même, outre quelques différences mineures, qu’elle ne risque pas de se retrouver carbonisée sur un bûcher, même si l’idée ne déplairait pas à l’un ou l’autre évêque Cauchon, de l’autre côté de la frontière linguistique. Seulement de l’autre côté ? Pas si sûr. Mais, côté « francophone », on s’est aussi trouvé, depuis des semaines et des mois, l’autre méchant de circonstance en la personne de Bart De Wever. Moins sympa par son allure, d’accord, mais on est comme on est. Pour compléter l’imagerie populaire, ou, en tous cas, politique, des responsables de l’énorme foutoir que présente notre plaisant et momentané pays aux regards internationaux, rivés comme chacun sait, sur nos joyeuses négociations d’essai(s) gouvernemental, on peut y ajouter Olivier Maingain mais son étoile a quelque peu pâli. Son charisme ne peut décemment être comparé à la séduction de la patronne du CDH et ce n’est quand même pas sa faute, à cet homme. Bref, si le pays est déclaré ingouvernable, la faute en est à ce trio de casse… disons de casse-pieds pour rester dans la séquence du beau langage. Sans eux, il y a longtemps qu’Yves Leterme serait 1er ministre et que tous les rouages de l’Etat fonctionneraient dans un rassurant ronron de mécanique bien huilée. Ca, c’est la version « people » -voilà que nous nous y mettons aussi, au langage d’Outre Manche ! Mille excuses… nous ne connaissons pas la traduction wallonne, inexistante semble-t-il. Et, tout compte fait, cette désignation facile de têtes de turcs est-elle tellement éloignée de la réalité ? Non, si l’on s’en rapporte de façon simpliste aux positions exprimées et âprement défendues par l’une et les autres. Joëlle Milquet a fait du sauvetage de la Belgique Unie son principal combat. Olivier Maingain défend farouchement les Francophones de la périphérie contre les agressions mesquines et anti-démocratiques flamandes. Tous deux se dressent contre un désir flamand d’annexion de Bruxelles. De son côté, Bart De Wever déclare, sans fard, que son objectif ultime est l’indépendance de la Flandre. Et tout indique que son message (et celui de la N-VA) est occupé à faire tache d’huile dans les rangs du CD&V, le grand frère du cartel. Difficile de composer un ensemble orchestral harmonieux avec un pareil éventail de notes discordantes. Donc, l’échec de Leterme II, sous les apparences de 3 trublionne et trublions, ne constitue qu’un indice de plus de la rupture entre Nord et Sud dont le plus spectaculaire exemple fut le vote sur BHV, agrémenté de l’ukase flamand à l’encontre de 3 mayeurs de la périphérie. Il n’y a aucun reproche à émettre à l’égard des 3 personnes citées plus haut ni des formations politiques qu’ils dirigent. Ils ne font que respecter leurs engagements électoraux. Et passons à autre chose, en fin de compte. En regrettant amèrement que si, du côté flamand, il existe un projet précis, avec des nuances importantes, certes, d’évolution de l’Etat Belgique, il n’en va pas de même du côté dit « francophone ». L’affirmation « Nous ne sommes demandeurs de rien» est élégante, chevaleresque même. Mais si, de l’autre côté de la barrière, on assène qu’au contraire on est demandeur d’à peu près tout, on se retrouve un peu nigauds, puisque l’on n’a prévu aucune parade. Le spectacle est, d’ailleurs, affligeant. Du côté dit « francophone », c’est une attitude d’inquiétude, voire de panique, qui prédomine. On a peur de voir un système confédéraliste prendre la place de l’Etat fédéral, sans parler de l’épouvante que produit le mot « séparatisme ». On s’effraie devant les tentatives flamandes de conquête de Bruxelles, comme si les Bruxellois n’étaient pas capables de s’y opposer. En Wallonie, le discours habituel est de décréter que les Wallonnes et les Wallons tomberaient dans le marasme si la Belgique se désintégrait, alors que le redressement wallon est devenu une réalité admise dans tous les milieux. Ils doivent quand même bien se marrer, en face, devant pareille couardise. Et si on leur disait : vous voulez le confédéralisme, l’indépendance ? Eh bien, discutons-en, nous sommes prêts, quant à nous, à envisager cette éventualité, nous nous préparons, en toute sérénité, à imaginer ce que serait l’après-Belgique, si tant est que notre union artificielle actuelle vous est devenue insupportable. « Vivre en Wallonie » ASBL
Date de création : 11/12/2007 @ 10:31
Dernière modification : 08/01/2008 @ 16:49
Catégorie : 2007
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