| Envoi N° 152 du 28/11/2007 L’avenir de la Belgique, à court, moyen et long termes (2) Une nécessaire lucidité dans le brouillard des confusions de tous genres Lorsque des supporters du club de foot RC Genk insultent les joueurs et supporters de l’Olympic Charleroi, ce dernier dimanche 25 novembre, en scandant le slogan « Les Wallons, c’est de la merde ! », cela n’est pas élégant, c’est insultant et, dans le climat politique actuel, cela peut mener à des incidents plus ou moins graves. Passons sur le langage utilisé, qui s’apparente furieusement, par son style châtié, à l’éructation préférée du Vlaams Belang « Que la Belgique crève ! ». L’erreur suprême serait de tirer des conclusions à l’emporte-pièce et d’en déduire que les Flamands méprisent les Wallons. Au demeurant, nous ne sommes pas certains que l’un ou l’autre groupe d’excités de chez nous ne tienne pas, de temps à autre, des propos pas beaucoup plus respectueux à l’égard des Flamands. Il n’est quand même pas tellement loin le temps où dans nos corons, l’expression « Les Flamins c’èst nin dès djins » avait cours régulièrement, même si une bonne partie de la population des cités ouvrières était composée de travailleurs venus de Flandre. Il ne faut certes pas banaliser de pareilles dérives. Il ne faut pas non plus les dramatiser et généraliser à l’ensemble du peuple flamand. Il faut éviter, surtout, d’en tirer argument pour inciter à la haine entre les peuples. Les problèmes que nous connaissons aujourd’hui ne sont pas le résultat d’une aversion hystérique, atavique entre Flamands et Wallons. Cela dit, nous pensons que les propos à la guimauve du genre « Je travaille en Flandre et je n’ai aucun problème avec les Flamands », ou bien « Je suis wallon, ma femme est flamande et nous nous entendons bien », ou encore « Essayons d’être bilingues et il n’y aura plus de conflit » sont tout autant « à côté de la plaque ». Réduire la question du devenir de l’Etat à son aspect linguistique est une des énormes confusions qui gangrènent les esprits et empêchent une analyse lucide du fond du problème. Et nous pensons que les partis politiques de Bruxelles et de Wallonie ont commis et commettent une erreur en présentant les choses comme une opposition entre « Flamands » et « Francophones ». C’est la dénomination « Francophones » qui nous met mal à l’aise. Lorsque Jules Destrée, en 1912, a écrit sa « Lettre au Roi » il n’a pas parlé de néerlandophones et de francophones mais de PEUPLES différents : il n’y a pas de Belges, mais 2 peuples, un flamand et un wallon, écrivait-il. Depuis, Bruxelles a connu le développement que l’on sait et s’est constituée comme une communauté différente des 2 autres. Il y a donc, aujourd’hui, 3 Régions distinctes : la Flandre, Bruxelles, la Wallonie. L’expression « Francophones » nous paraît fort maladroite et incorrecte. Elle semble exclure dès le départ la Communauté germanophone de la Région wallonne, de même que quelques dizaines de milliers d’habitants de la région d’Arlon qui parlent le luxembourgeois. Et elle ignore la composition linguistique et multiculturelle (dont la composante flamande…) qui est un des traits spécifiques de la Région bruxelloise. Il est plus facile, évidemment, de présenter les choses au grand public comme résultant d’une incompatibilité linguistique. Mais tout le monde devrait savoir que ce n’est pas de cela qu’il s’agit réellement. La Flandre a sa propre culture, d’une richesse indéniable. La Wallonie a la sienne, même si les beaux esprits n’ont de cesse de la nier. Bruxelles est occupée à en forger une autre, dans un creuset passionnant, captivant, de créativité, d’originalité et de dynamisme. Sur le plan économique, les 3 Régions ont connu une évolution différente et présentent des perspectives de développement particulières, prometteuses de part et d’autre. Aujourd’hui, la Flandre (ou, en tous cas, un Flamand sur deux selon les derniers sondages), estime que l’Etat Belgique est un carcan qui freine son essor. Elle veut y mettre fin. En passant par le confédéralisme si nécessaire. Ne serait-il pas plus raisonnable d’accepter cette réalité et de préparer l’après Belgique en toute clairvoyance et sans panique ? Le vote sur la scission de l’arrondissement Bruxelles-Halle-Vilvorde qui a vu tous les partis flamands faire bloc contre les partis « francophones » est la préfiguration de ce qui se passera lorsque le Parlement flamand aura décidé de rompre le carcan. Il sera fort inutile, à ce moment, d’arborer le drapeau tricolore aux fenêtres et balcons de Bruxelles, de Huy ou de Tournai. Ce réalisme ne signifie pas qu’il faille abandonner le combat pour faire obstacle à la dérive impérialiste, conquérante d’un nationalisme flamand, légitime en soi mais qui devient odieux lorsqu’il prétend annexer Bruxelles et procéder à une épuration ethnique, culturelle et linguistique dans les communes de la périphérie. Le droit à l’autodétermination ne doit pas être la prérogative du seul peuple flamand. « Vivre en Wallonie » ASBL Cet article peut être repris dans son intégralité ou en partie, à condition d’en citer la source. Votre avis, vos critiques, vos commentaires nous intéressent. Vous pouvez nous adresser ceux-ci à : vivwal@swing.be
Date de création : 30/11/2007 @ 22:07
Dernière modification : 08/01/2008 @ 16:49
Catégorie : 2007
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