| Envoi N° 151 du 26/11/2007 L’avenir de la Belgique, à court, moyen et long termes (1) La navrante myopie de l’angélisme tricoloreNous avons sous les yeux un autocollant aux 3 couleurs nationales invitant à signer la pétition pour une Belgique unie. Nous l’avons découverte chez notre libraire habituel. Il en avait un fameux paquet, fourni gratuitement, nous a-t-il dit, par les Agences et Messageries de la Presse. Depuis, ils ont disparu de son comptoir. Il n’en avait distribué qu’une petite dizaine, nous a-t-il précisé. Le texte barrant le drapeau belge nous a laissés perplexes : « I want you for BELGIUM ». Il y a 3 langues nationales en Belgique. Quelle idée saugrenue a poussé l’organisatrice de la pétition ou ses conseillers à utiliser l’anglais pour faire passer son message ? Cela nous amène à revenir sur les différentes initiatives ayant abouti à la marche du dimanche 19 novembre dernier, sur les objectifs poursuivis et sur les résultats enregistrés. A vrai dire, la campagne pour sauvegarder l’avenir du royaume de Belgique a démarré il y a de longs mois, lorsque l’ensemble des médias francophones du pays se sont lancés dans la recherche de preuves et démonstrations de la bonne entente entres citoyennes et citoyens du Nord et du Sud. C’était à qui épinglerait le plus grand nombre de « témoignages » de cette chaleureuse amitié. Au point que cela en devenait assommant, consternant, sinon ridicule. Les résultats électoraux du 11 juin ont mis à mal ce déferlement d’angélisme tricolore. Les négociations qui ont suivi et se poursuivent aujourd’hui pour la formation d’un gouvernement dit de « l’Orange bleue » ontconfirmé une réalité qu’il fallait être fameusement myope ou particulièrement naïf pour la nier : les différences de sensibilités n’ont jamais été aussi criantes qu’aujourd’hui. Et, surtout, l’opinion publique flamande se montre toujours davantage favorable à une autonomie complète de la Flandre. Pour continuer à pouvoir encore diffuser, candidement, l’antienne selon laquelle, comme chacun sait, « Flamands, Wallons ne sont que des prénoms, Belges est notre nom de famille » et autre « L’Union fait la Force » (laquelle formule n’a, au demeurant, rien de spécifiquement rouge, jaune, noir…) de bonnes âmes s’en sont allées tous azimuts proclamer, contre toute évidence, que tout cela n’est qu’affaire de politiciens. Cette affirmation est vraiment la tarte à la crème de toute conversation de bistrots – pas seulement de bistrots, d’ailleurs. Et si, dans certains cas, elle paraît plus ou moins justifiée, dans le contexte présent elle est tout bonnement absurde. En Flandre, à Bruxelles et en Wallonie, les femmes et hommes politiques qui ont été élus avaient clairement affiché la couleur en ce qui concerne leur vision de l’avenir du pays. Et, depuis lors, il faut reconnaître qu’ils se montrent cohérents avec leur discours préélectoral. C’est même, sans aucun doute, ce qui a empêché l’aboutissement rapide des négociations entreprises par la longue procession des informateurs, explorateurs, formateurs, démineurs, sages, réconciliateurs… et nous en oublions certainement. Contrairement à toute philosophie démocratique, va-t-on reprocher à ces « politiciens » de batailler pour respecter le programme qu’ils ont proposé aux électeurs ? S’ils le faisaient, on leur tomberait sur le râble à bras raccourcis pour leur reprocher de trahir leurs promesses ! Le problème est que ce respect des principes d’une ligne politique honnêtement affirmée au préalable conduit à un affrontement de conceptions diamétralement opposées sur l’avenir de l’Etat. L’immense majorité du peuple flamand a voté pour des partis, démocratiques ou non, qui ont marqué leur accord, en toute légalité et à l’unanimité, au Parlement flamand, pour une liste de revendications et exigences dont l’acceptation aboutirait à la transformation de l’Etat fédéral en Etat confédéral, étape vers une république flamande indépendante. L’immense majorité des électrices et électeurs bruxellois et wallons ont voté, quant à eux, pour des partis qui, farouchement, désespérément serait-on tenté d’écrire, s’accrochent à la survie de l’Etat Belgique. Dans ces conditions, nous ne comprenons pas trop ce que visaient la pétition et la marche pour l’unité de la Belgique. Elles n’auraient eu de sens que si elles avaient visé l’opinion publique flamande, puisque, à Bruxelles et en Wallonie, la question de l’éclatement du pays n’a jamais paru comme étant à l’ordre du jour. La démarche cocardière des drapeaux tricolores à certaines façades de l’avenue Louise ou des beaux quartiers de Namur, le rassemblement de 35.000 personnes, en toute grande partie wallonnes et, surtout, bruxelloises réjouissent, certes, cette dame liégeoise qui a eu l’audace de lancer cette initiative éminemment respectable. Mais, concrètement, cela n’aurait eu de valeur que dans les rues de Bruges, d’Ostende ou d’Anvers. Là où, ni la pétition, ni la marche n’ont eu le moindre impact…. Ce n’est là qu’une des nombreuses confusions qui encombrent et compliquent ce que l’on appelle, de façon très politiquement correcte, c’est à dire strictement insipide pour le commun des mortels, la question de « la réforme de l’Etat ». Ces confusions, volontaires ou non, nous en énumérerons quelques-unes dans de prochaines « Réflexions ». En essayant d’en tirer quelques indications sur les perspectives à court, moyen et long terme de ce qui continue encore, pour une durée indéterminée, à figurer dans l’annuaire des Nations, sous la dénomination « Belgique ». « Vivre en Wallonie » ASBL
Date de création : 30/11/2007 @ 22:06
Dernière modification : 08/01/2008 @ 16:50
Catégorie : 2007
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