Réflexion N° 105 du 26/07/2005Libramont : quel avenir pour la forêt wallonne ? La Foire agricole, forestière et agroalimentaire de Libramont présente 2 caractéristiques principales. D’un côté, elle s’inscrit dans une continuité de farouche mise en valeur de l’agriculture et du monde rural. Et, d’autre part, elle se situe comme un facteur d’innovation, de modernité, de proposition de développement. C’est un lieu où se marient, dans un effort exceptionnel de réflexion, de recherche et de vision futuriste, l’héritage du passé, les réalités du présent, les perspectives d’avenir. Avec, comme support idéologique, une robuste conviction d’optimisme, contre vents et marées, basée sur les capacités des gens de chez nous à affronter et surmonter les aléas de l’Histoire, en faisant de notre terre la nourricière de plus en plus fertile de centaines de générations. Cette année, la Foire a voulu prendre à bras le corps un des éléments fondamentaux de notre ruralité et le présente comme perspective de développement économique, social et culturel : la forêt. On le sait : tous les 2 ans, la foire agricole se qualifie de « forestière ». C’est un peu la cerise sur le gâteau. En cette année 2005, la forêt et son exploitation, c’est carrément le gâteau. La forêt, sa protection, son amélioration, son usage au profit de l’économie wallonne constituent le thème principal de cette 71ème édition de la Foire. Il faudra voir, sur place, comment cet énorme projet aura été réalisé. Mais nous n’éprouvons guère d’inquiétude. Depuis un quart de siècle que nous suivons cette extraordinaire « vitrine wallonne sur le monde », nous savons que les objectifs annoncés seront réalisés. La Foire de Libramont est, pour nous, un modèle d’organisation répondant à des critères précis et rigoureux. Jamais de mauvaises surprises. La Société royale « Le Cheval de Trait ardennais » devrait être citée en exemple universel comme programmatrice d’événements mêlant le socio-économique, le culturel et… le politique, brassant un flot incroyable de visiteurs, toujours ravis du spectacle qui leur est offert, sans qu’aucun incident dérangeant s’y produise. Les sociologues devraient se pencher sur ce phénomène, tellement surprenant, voire anormal, dans le climat d’évolution agressive de la société que nous connaissons. Public et privé unis dans un même combatCela dit, revenons-en au programme que cette Foire de Libramont (du 29-07 au 03-08) nous propose. Comme de coutume, ce programme est superbement articulé. Sur le socle de toutes les activités et centres d’intérêt que constitue cette forêt(qui couvre un tiers de la superficie de la Wallonie, ne l’oublions pas, partagée grosso modo entre forêt dépendant des pouvoirs publics et 100.000 propriétaires privés). Il y a, bien évidemment, cette magnifique réalisation qu’est WALEXPO, offerte, d’emblée, aux yeux émerveillés des visiteurs. Les deux exposants prioritaires y seront la Division Nature et Forêt du Ministère de la Région wallonne et la Société Royale Forestière, c’est-à-dire le public et le privé, associés fraternellement. Avec la présence des ministères de la Région wallonne, puisque, en fait, la forêt concerne pratiquement tous les domaines d’activité, depuis l’agriculture jusqu’à l’économie, en passant par l’environnement, l’urbanisme, le tourisme… Tous les aspects de la protection, de la promotion, de l’utilisation du bois y seront visibles. Avec une note subtile : la maison à ossature en bois ne sera pas complète, elle sera présentée de façon inachevée, afin de montrer de façon claire les différentes phases de son édification. Une sorte d’invitation pour les candidats bâtisseurs. Nous venons de l’écrire : la forêt, c’est un centre d’intérêt privilégié pour n’importe qui. Et, à Libramont, tout le monde va y trouver son compte. Vous avez une vision de protection et de développement de cette richesse patrimoniale de la Wallonie ? Vous apprendrez, avec surprise peut-être, qu’en un siècle et demi la superficie de cet exceptionnel « poumon vert » a… plus que doublé ! Cela anéantit bien d’idées préconçues, n’est-il pas vrai ? Et cette bonne santé de notre superficie boisée, attestée, notamment, par le retour d’espèces d’oiseaux, prédateurs ou non, considérés comme disparus de nos contrées, est due à des méthodes d’entretien de la forêt. On vous montrera, à Libramont, l’intérêt de laisser des arbres morts se décomposer sur place, de préserver des amoncellements de feuillages après abattage, afin de constituer des refuges pour gibier en période hivernale, de constituer des réserves de nourriture pour la faune. Et, aussi, d’éduquer le promeneur au respect des plantes et des animaux de la forêt La Foire de Libramont poursuit, de toute évidence, un but de développement économique. La forêt est une richesse naturelle productrice d’une matière première « noble ».En cette fin juillet-début août, vous aurez l’occasion d’apprendre les utilisations du bois de frêne, de robinier (faux acacia), de douglas, d’épicéa et, bien entendu, de hêtre et de chêne. Tout en faisant connaissance avec les diverses mesures et méthodes mises en œuvre pour que cette utilisation s’inscrive dans une perspective de gestion garantissant la durabilité de cette forêt : utiliser les moyens d’abattage et, surtout, de débardage protégeant les sols et les racines, employer des huiles et carburants biodégradables, éviter de détruire la structure des ruisseaux et rivières lors de leur franchissement. Construire en bois « écocertifié »Enfin, la Foire de Libramont aborde de plein fouet un projet ambitieux : bouleverser les a-priori d’une grande majorité de la population à l’encontre de l’emploi du bois pour la construction des habitations. Car il y a là un créneau non négligeable de plus value pour la Wallonie… et d’emplois. Dans ce contexte, intervient de façon autoritaire, la qualité du bois produit par nos forêts. Et elle passe par une certification officialisée sous la dénomination totalement hermétique, incompréhensible du commun des mortels : PEFC… ! Bon, nous vivons à l’époque de ces sigles et abréviations destinés à une élite extrêmement restreinte d’initiés. On va l’écrire en anglais, puisque, apparemment, le langage anglo-saxon est considéré aujourd’hui comme l’expression de la suprématie culturelle ( !!) : « Program for the Endorsement of Forest Certification ». En français cela donne : « Programme de Reconnaissance des Certifications Forestières ». Ca va déjà mieux, dit comme ça, non ? En clair, cela veut dire que les bois doivent être coupés et travaillés dans un concept de développement durable, écologique, depuis l’abattage jusqu’au meuble, aux planches, à la charpente. Ne pas abattre et débarder n’importe comment (en préservant et améliorant la forêt pour les générations à venir), opérer des traitements et des transformations du bois conformes à des normes écologiques. A l’heure actuelle, 42 % seulement de la forêt wallonne sont « écocertifiés ». Ce qui constitue un handicap certain pour sa valeur économique. Nous n’irons pas plus loin dans l’énumération des découvertes à faire à la Foire de Libramont. Et, pourtant, si…mais ça, c’est vraiment le « coup de cœur »… Dans le déroulement des 2 journées en forêt de Libin, en prolongement de la Foire (un but de dépaysement et de bouffée d’air pur exceptionnel, croyez-nous…), un concours et une démonstration de débardage au cheval seront présentés au public dans le cadre d’un projet européen INTERREG « Traction chevaline ». Objectif : intéresser des jeunes au débardage chevalin. Et favoriser la perpétuation de ce fétiche de la Foire de Libramont : ce brave, et beau, et fidèle compagnonde l’Histoire de la Wallonie (hein, Bayard !) : le cheval de trait ardennais. Bravo ! « Vivre en Wallonie » asbl
Date de création : 30/08/2006 @ 10:54
Dernière modification : 30/08/2006 @ 10:54
Catégorie : 2005
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